LE PAGS ET LE 1er MAI 1989. Témoignage de B. Lechlech.

Célébration du 1er Mai - Alger républicain
Photo du crédit Alger Républicain.

A cette date j’étais à la tête de la délégation de notre nouvelle fédération du PAGS en cours de formation de trois (03) wilayas (Sidi Bel Abbés, Tlemcen et Aïn Temouchent) -presque l’ancien schéma d’organisation du PCA dans les années cinquante- et ce n’était pas encore la légalité pour notre propre parti. La direction exécutive nationale de ce dernier avait décidé, en envoyant une note interne interprétée diversement, la participation de nos camarades (militants et sympathisants) à la marche du 1er mai 1989 à Alger, organisée en concertation avec la direction de l’UGTA de l’époque, mais officiellement sous l’égide de cette dernière. Cette année était marquée par un mouvement gréviste de masse national et durable  auquel j’avais participé dans le secteur du bâtiment directement à Oran en rapport avec la nouvelle intersyndicale… tout en étant dans le petit groupe technique régional de l’organe central Saoût Echaâb et coopté dans la coordination régionale éphémère du parti… que j’avais vite quitté pour demeurer à la base, avec les mains plus libres hors de l’appareil contrôlé.

Nous nous somme rencontrés tous dans une place publique à Sidi Bel Abbés, venant des quatre coins du vaste territoire de notre fédération pour nous préparer dans la joie et l’enthousiasme. Sur ma propre initiative, toutes nos banderoles conçues étaient rouges avec entête: Parti de l’avant-Garde Socialiste, en arabe et français, et le contenu en blanc ou noire des mots d’ordre démocratiques et anti-impérialistes.  

Arrivé à Alger, dans deux ou trois cars  -je ne m’en souviens pas bien- , dans une ambiance qui rappelle celle du volontariat de la révolution agraire, clamant les chants révolutionnaires en vogue – Cheïkh Imam, Marcel Khalifa, etc. – et les mots d’ordre révolutionnaires, nous somme descendus  »armés » de nos banderoles particulières que l’on distinguait de loin dans un long défilé bien encadré par un service d’ordre impeccable, quand soudain on voit accourir vers notre carré, un groupe avec à sa tête  »un camarade » de la SONELEC d’Alger, d’une grande taille qui s’était alors présenté comme envoyer par le regretté Abderrahmane Chergou pour exiger de nous de  »rentrer dans les rangs », c’est-à-dire plier nos calicots jugés  »subversives ». Aussi un autre élément de notre délégation habitant Oran  – qui évolua vers ETTAHADI ensuite le RCD – joua aussi un rôle néfaste sous l’influence de son réseau pour faire plier des membres de notre délégation à cette injonction. Alors que notre volonté était de ne pas faire diluer le parti dans l’UGTA sous l’égide du parti FLN, tout en étant unitaire et aussi contribuer à imposer la reconnaissance légale de notre parti sur la scène politique nationale par cette action et d’autres… 

En marge de la marche de ce premier mai 1989 auquel le PAGS participa avec  »ses troupes » venues de partout, même avec des limites et déformations, on croisait sur le côté le regretté Abdelhamid Benzine, blotti dans son manteau, cache-nez au cou et larmes aux yeux ! Aujourd’hui on entend des calomnies à son sujet par certains de ses compagnons de lutte qui n’osent même pas lui faire des critiques franches et objectives, qu’il a dépassé par son flair politique, son exemple, son sens de la responsabilité, sa clairvoyance et sa lutte sur le sol national par fidélité à son idéal communiste et aux martyrs du PCA, du PAGS ou patriotes révolutionnaires. 

Cette exemple, entre autres, démontre que dans toute l’histoire du PAGS, il y’avait toujours à la base dans toutes les wilayas du pays, une lutte pour préserver l’indépendance de notre parti, celui de la classe ouvrière   et de la paysannerie laborieuse, contre l’opportunisme de droite qui provenait de sa direction. Et lorsque des camarades du PADS ou d’autres d’ailleurs, viennent à posteriori en faire le bilan critique et autocritique, mieux vaut qu’il parle des erreurs de la direction infiltrée et éclatée en trois pôles (Prague, Paris et Alger) et non de l’ensemble du PAGS, qui en un quart de siècle, n’a jamais fait appliquer le vrai centralisme démocratique (en tenant régulièrement son congrès) et imposait ses décisions consensuelles à l’ensemble du parti auxquelles les militants ne participaient pas, même si des avis étaient souvent donnés par eux sur diverses questions dont elle ne tenait même pas compte. 

En conclusion, on peut dire que le prestige du PAGS au sein des masses populaires provenait le plus de sa base  militante, dont tout était fait pour faire éteindre le rayonnement par divers moyens de l’intérieur même de sa direction infiltrée dont des membres importants ont été retournés. Combien de militants sincères, très liés à la classe ouvrière et aux masses populaires – d’ou provenait sa force – ont été  »chassé » de plusieurs manière et à toutes les étapes de sa vie, notamment les périodes de reflux ou reconvertis par la force – conformément à la discipline en vigueur – à la vie clandestine pour se transformer en bureaucrates rédigeant toutes sortes d’écrits dont un exemplaire allait droit à la police politique ? Et donc pour reconstruire le parti de la classe ouvrière et de la paysannerie laborieuse on doit tenir compte minutieusement de ces enseignements. 

Salutations militantes.

B.LECHLECH. Oran. 1er mai 2016.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *