De la nécessité d’écrire. Par Zackaria Daoudi.

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Souvent, j’observe des réactions que je juge désabusés concernant les différentes contributions publiées sur facebook, qu’elles soient le produit de militants politiques ou de spécialistes dans un domaine donné.

Je ne vais pas faire un procès d’intention aux divers personnes qui écrivent, ni prétendre savoir qu’ils le fassent pour contribuer au débat ou pour satisfaire leur égo. D’ailleurs que ce soit pour la première raison ou la deuxième, cela n’impacte pas réellement la qualité de la production en soi, parce que ce que nous sommes sensés retenir c’est le contenu de la contribution et non qui l’a réalisé, c’est ce qui permettra d’ailleurs de ne pas tomber dans des insultes personnelles qui ne font que cacher la profondeur de la chose.
Un exemple concret a été l’intervention de Bouhamidi à l’ENTV. Une vidéo YouTube d’un extrait de son intervention a pour titre :’’Le Hirak est comme les terroristes du GIA, il est mort et à failli à faire chuter l’État’’. J’ai vu la vidéo en question, et j’ai vu une grande partie de son intervention pour me faire une idée, et ce n’est pas du tout ce qu’il a dit. S’il signale a maintes reprises la présence d’ONG et de diverses parties dans le mouvement ayant des intérêts impérialistes, son analyse n’est pas à résumer en un titre pareil. Je ne suis pas d’accord avec une partie de ce qu’il a dit, n’empêche qui si je voulais lui répondre, je l’aurais fait d’une manière sérieuse et surtout en préservant l’intégrité intellectuelle de ne pas déformer ses propos.
À quoi joue ceux qui déforment les propos des autres ? Parce que ce n’est pas un cas isolé, et ce n’est pas uniquement un phénomène propre aux militants du Hirak. Il n’y a que la peur du débat qui pousse certains à déformer les propos afin de transformer un débat en un flot d’attaques personnelles. Et ce n’est pas seulement le peur du débat, mais de ce qu’il peut engendrer. Quoi de mieux pour démasquer les opportunistes que de les inviter à un débat contradictoire ?
Les querelles, les insultes et les attaques personnelles sont devenues le nouveau dogme des opportunistes, une pratique courante pour masquer les divergences politiques et les intérêts contradictoires à l’auditoire. Les notables du Hirak, Zitout, Bouchachi, Tabou et compagnie, n’ont rien à envier des intellectuels de service du gouvernement algérien, les deux sont arrivés en juin 2019 à orienter le débat entier des promesses économiques de Gaid Salah à une question de drapeau. Si pour certains France 5 a donné une mauvaise image du Hirak, je souhaite qu’ils jettent un coup d’œil et lisent à froid les déclarations politiques de ces chefs révolutionnaires qu’on arrive à faire croire qu’ils ne sont rien d’autre que de ‘’simples hirakistes’’.

Un autre point qui me semble tout autant important, c’est le rejet du concept ‘’d’experts’’. Pour être clair, la notion d’expert n’est pas une notion abstraite. Si apprendre les bases de l’économie nous demande un certain temps, il n’y a pas d’experts dans le sens où ces derniers ne sont pas des personnes indépendantes, ils appartiennent à un schéma de pensée, ou pour être plus clair, ils auront une appartenance de classe. Oui, ce n’est pas tout le monde qui comprend l’économie, il ne faut pas tomber dans un populisme puéril en affirmant que le peuple comprend mieux l’économie que les économistes. C’est toute cette phrase qui est fausse, car cette dernière cache le fond des choses. Cela cache que quand on parle d’experts dans le mode de production capitaliste, on va parler d’économistes bourgeois. Les autres, ceux qui critiquent l’économie politique par caprice intellectuel bourgeois sont rarement accepté dans les universités parce que leurs travaux de recherches engendrent moins de financement et moins de soutiens, tandis que ceux qui critiquent l’économie politique par conscience de classe, et donc luttent aussi contre le capitalisme, ils sont considérés comme des fous marginaux. C’est cette vision de l’expertise qu’on doit critiquer. Celle où un seul courant de pensée est admis pour penser une chose, mais surtout celle qui fait en sorte que les prolétaires n’ont pas accès à ce savoir, parce qu’on le complexifie jusqu’à le rendre totalement incohérent.
Croyez-moi, je fais de la physique théorique, je peux vous étaler des mathématiques si compliquées que je vous donnerai la migraine, mais je ne serais rien si je n’arrive pas à vous expliquer les rudiments de ces mathématiques, ce qu’elles impliquent et les rouages qui font fonctionner l’univers.
Alors ne rejetons pas la notion d’experts, mais rejetons leur notion d’intellectuel bourgeois au service de l’hégémonie culturelle et au bon déroulement de l’oppression et de l’exploitation capitaliste. Et si la notion d’intellectuel bourgeois y fait toujours face le mot intellectuel, mais cette fois au service du prolétariat, je vous laisse cette citation de Gramsci, elle mettra sûrement à nu la glorification bourgeoise de l’intellectuel :
«Dans n’importe quel travail physique, même le plus mécanique et le plus dégradé, il existe un minimum d’activité intellectuelle […]. C’est pourquoi, pourrait-on dire, tous les hommes sont des intellectuels, mais tous les hommes ne remplissent pas dans la société la fonction d’intellectuel. […]. Il n’existe pas d’activité humaine dont on puisse exclure tout-à-fait l’intervention intellectuelle, il n’est pas possible de séparer l’homo faber de l’homo sapiens»

Alors un militant doit écrire et produire, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Il n’y a aucun égo, aucune glorification au fait de produire une analyse ou un texte, ce n’est qu’une contribution au débat afin de savoir quoi faire. Si vous croyez que les analyses ne sont pas importantes, alors je vous défie de comprendre tous les problèmes du monde à vous seul. C’est impossible. Voilà pourquoi les contributions des uns et des autres sont tout aussi importantes, mais c’est surtout important pour nous, cela nous permet de mieux clarifier nos pensées et de prendre des positions claires sur diverses questions.
C’est ces contributions aussi qui nous permettent de saisir les divergences politiques, de voir avec qui nous sommes d’accord, d’opposer les arguments et les débats, jusqu’à ce qu’on arrive à construire une idée claire.

Voilà pourquoi je juge qu’il est important d’écrire et de produire, on va dire des conneries à un moment puis se corriger et apprendre au fil des critiques et des analyses à réfléchir.
C’est en opposant ce qu’on pense à la réalité du monde qu’on arrivera à déconstruire toutes les valeurs bourgeoises qu’on nous inculque depuis l’enfance.
Écrire donne matière à débat et laisse une trace d’histoire qui permettra de comprendre des questions politiques, sans ces traces nous seront peinés de refaire à chaque fois le monde à zéro.

Zackaria Daoudi.

Source : https://www.facebook.com/photo.php?fbid=1122761601418330&set=a.156323731395460&type=3&theater

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