Subversion impérialiste aux temps du « Hirak2.0 ». Par Samia Zennadi.

Par Samia Zennadi.

Bien avant l’arrivée du Covid 19 en Algérie, le Hirak était dans un état comateux stationnaire. Néanmoins, la supercherie politico-médiatique, nationale et internationale, rodée à la retouche de l’image et de l’histoire couvre de silence les lignes de rupture qui pourtant séparent clairement le mouvement du 22 février de ce qu’on désigne désormais par la contre révolution « Hirak2.0 ».

La plèbe, méprisée par les promoteurs des printemps arabe pour avoir refusé de rejoindre le grand élan démocratique de 2011 à cause de ses « traumatismes des années 90 », et accusée de ne manifester son mécontentement que pour des « revendications socio-économiques » et avec une « extrême violence », s’était opposée au 5ème mandat avec une approche hautement politique, profondément poétique et révolutionnaire dénonçant les liens du « clan Bouteflika » avec le capitalisme mondialisé ainsi que son allégeance aux lobbies politico-économiques qui se partageaient en toute impunité les richesses et les territoires.

Tel qu’il se présentait, le Hirak risquait d’anéantir ce que le dopage des financements ONGéistes et des chancelleries étrangères avaient bâti depuis des décennies avec le haut parrainage de son excellence, un système à l’agonie.

Ceux à qui les médias et les pros des réseaux sociaux ont attribué un quelconque rôle moteur ou un statut de meneur de foule n’avaient à l’orée du Hirak aucune utilité que celle de trouver pour des agences de presses internationales, moyennant quelques centaines d’euros ou de dollars, le meilleur surplomb qui offrirait le plus parfait panorama d’une Algérie vue du ciel dévoilant pour paraphraser Frantz Fanon, la splendeur de « la remise en marche de l’homme ». (1)

Aussi, il serait puéril de croire que cette remise en marche de l’Algérie allait provoquer une mise en panne des services de renseignements, des Think-tank et des réseaux de désinformation des pays promoteurs du néolibéralisme et activateurs des guerres durables.

« La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ». C’est l’analyste politique Vénézuélien Diego Sequera qui rappelle cette citation de Baudelaire dans son papier « De quoi la guerre non conventionnelle est-elle le nom » (2) où il met a nu les processus et les instruments d’un nouveau type de guerre qui a émergé en particulier à partir de l’essor et de l’affermissement du monde unipolaire des années 90.

Et à propos de diable et pour ne citer qu’un seul exemple, un des plus anciens Think-tank US, celui qui a eu à sa tête le commandant de la Force internationale d’assistance et de sécurité de l’OTAN et des forces américaines en Afghanistan, « The Brookings Institution » avait initié entre le 1er avril et le 1er juillet 2019 une enquête en ligne auprès de 9000 Algériens (3).

Aussi, vu son grand intérêt pour les questions géostratégiques et sa maitrise des techniques des nouvelles guerres, ce Think-tank qui avait intitulé son enquête « Soulèvement de l’Algérie, les manifestants et les militaires » (4) ne devait pas ignorer que le 27 mars 2019, soit au lendemain du discours du chef de l’état-major, le général de corps d’armée Gaid Salah appelant au retour à la légalité constitutionnelle (application de l’article 102) signifiant que l’institution militaire n’allait pas tirer sur le peuple (en d’autres termes, le scénario d’octobre 88 n’allait pas avoir lieu), le maréchal Haftar s’était pris d’une envie soudaine de se rendre en Arabie saoudite (5).

Reçu par le roi Salmane et gratifié de plusieurs millions de dollars d’aide qui l’ont visiblement débarrassés de toutes les contraintes des négociations de paix en lui assurant les services des mercenaires vaincus en Syrie et autres produits dérivés de Daech, il annonça contre toute attente une offensive militaire sur Tripoli le 03 avril 2019, soit au lendemain de la destitution de Abdelaziz Bouteflika.

Ni l’Armée Populaire Nationale (ANP), ni le peuple algérien n’avaient oublié que le maréchal Haftar avait menacé l’Algérie en septembre 2018. « Nous pouvons transférer la guerre de l’est à l’ouest en peu de temps», avait-il affirmé dans un enregistrement vidéo diffusé sur le site d’Al Jazeera, quelques mois avant le début du Hirak (6).

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Bien évidement, « The Brookings Institution » n’a pas jugé utile d’évoquer la reprise des hostilités en Libye devenu un véritable bourbier depuis la guerre coloniale contre ce pays et ses effets de déstabilisation durables sur le Sahel ainsi que les conséquences sur l’Algérie de ce qui est désigné par « La bataille de Tripoli dans le contexte de la deuxième guerre civile libyenne ».

Pour commenter les conclusions de l’enquête et livrer son témoignage de ce qu’il connait de l’Algérie, le tristement célèbre Robert Ford, l’ancien ambassadeur US en Algérie (2006 à 2008) était l’invité spécial de ce Think-tank.

Il faut savoir que de son passage chez nous, WikiLeaks a dévoilé au grand jour son rôle promoteur auprès des cercles droits-de-l’hommistes pour la réhabilitation du Front Islamique du Salut (le FIS) et de ses chefs terroristes ainsi que sa sympathie pour le Mouvement pour l’Indépendance de la Kabylie, un courant séparatiste et ouvertement pro-sioniste (le MIK qui préfère garder son ancienne appellation le MAK, Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie). Aussi, les câbles diplomatiques avaient révélé son acharnement obsessionnel contre l’armée algérienne, « réticente au projet de la coopération avec l’AFRICOM ». L’histoire retient que sa déception et son amertume de ne pas avoir su établir des passerelles avec les militaires algériens lui ont fait oublié qu’il représentait la diplomatie américaine et l’ont fait paraitre comme un agent de la CIA. Washington a fini par l’expédier en Irak avant qu’il ne soit nommé en Syrie en janvier 2011, un mois après le début du Printemps arabe où il avait activement participé à l’émiettement de ce pays.

Pendant la présentation de l’enquête, Robert Ford n’avait pas caché son incompréhension du très faible pourcentage de soutien à la légalisation du FIS et du MAK, et voyait quand même dans ce résultat négligeable un signe d’ouverture politique et une victoire démocratique, rendant hommage au passage au chef de fil des droit-de-l’hommisites, « un brave qui fait un travail exceptionnel ». En revanche, le faible soutien à la destitution du chef de l’armée malgré, dit-il, « la multiplication des slogans appelant à son retrait », l’avait dérouté, tout comme le rapprochement souhaité par les Algériens avec la Chine et la Russie, auquel il a répondu par un haussement de sourcils.

Pourtant, il ne devait pas ignorer, puisqu’il se vantait d’avoir saisi en deux années de service la personnalité algérienne, que le slogan « yetna7aw Ga3 » (Qu’ils dégagent tous), devenu la devise du Hirak, lancé en live le 11 mars 2019 par un jeune inconnu des microcosmes activistes en réponse aux manœuvres du « Clan Bouteflika », (après la démonstration de force du vendredi 08 mars 2019), exprimait « à l’algérienne » le refus de l’alternance sans alternative et exigeait une solution radicale : la sortie du gouffre néolibéral qui a organisé le pillage du pays et a instauré la trahison comme constante nationale.

Même si les gigantesques marches populaires hebdomadaires avaient mis en porte-à-faux les théories des « représentants de la société servile » et des « partis fantoches » abonnés aux réseaux « otporistes », le nouveau revirement dans le bourbier libyen, son agenda, l’approche de l’enquête du Think-thank US et d’autres cercles d’influences, leurs timings et un grand nombre de signaux coïncidaient avec l’intervention dans le Hirak d’éléments nouveaux. Les prémisses de l’injection des procédés et des principes de déstabilisations du « Regime Change » se confirmaient.

Au fil des marches, la prise de contrôle du Hirak par Rachad devenait de plus en plus visible, sauf pour ceux qui ne voulaient pas le voir, et le projet de la mise sous tutelle de l’armée algérienne se précisait et n’était que la partie visible de l’iceberg.

Il faut savoir que ce mouvement politique crée par les résidus du FIS et doté d’une ONG à Genève et de plusieurs relais à Londres et à Paris et appartenant à « L’internationale islamiste », n’a pas eu de mal à imposer ses mots d’ordre et sa feuille de route dans les carrées et les cercles de suiveurs qui ont fait leurs apparitions dans le Hirak.

Se présentant comme les fins connaisseurs ou les dignes représentants du jusqu’au-boutisme algérien exprimé par le slogan « yetna7aw Ga3 » (Qu’ils dégagent tous), dans les rues et sur la toile, des représentants autoproclamés et validés comme « couvreurs du Hirak », « journalistes-activistes » ou « animateurs-culturels »…, peu importe les qualifications réelles ou virtuelles des « figures de l’opposition » qui sont rentrées en scène et qui ont occupé les médias, adaptant, distillant et résumant les revendications du PEUPLE, leur grande majorité est totalement à l’opposé des aspirations anticolonialiste, anti-impérialiste, et antisioniste du peuple algérien et n’a suivi les premières manifestations que perchée de son balcon découvrant le peuple, les paroles, le sens et le rythme de la révolution.

Leur grogne contre la présence du drapeau palestinien et les chants de soutien à la Palestine a constitué le premier signe de l’agacement des aspirateurs à la normalisation avec l’entité sioniste et le premier acte de rupture dans le Hirak (7). Actifs et infiltrés dans tous les courants politiques, aucune nuance ne devait déranger cette fausse harmonie… On n’entendait plus personne se plaindre, ni des féministes, ni des islamistes, ni de la gauche mise en veille car il ne fallait surtout pas évoquer la mise en scène, méprisante envers tous ceux qui avaient refusé d’amplifier des slogans creux et de s’aligner derrière des propositions de transitions aléatoires qui en temps de guerre exigeaient de l’armée de virer son chef. Le cachet de « révolution du sourire » autorisait ses promoteurs à montrer leurs crocs dés qu’ils flairaient la moindre opposition au pacte de bon voisinage qui les unit aux courants réactionnaires, révisionnistes et séparatistes. Tous ceux qui avaient essayé d’analyser ce revirement ont été réduits au silence, accusé d’être des « mouches électroniques ».

A l’arrivée du Covid19 en Algérie, une poignée de sous-traitants des révolutions colorées occupait quelques parcelles de rues et accusait le gouvernement « d’avoir inventé cette ruse de Coronavirus pour casser le mouvement ». (8)

L’historiographie coloniale continue de retoucher l’histoire et à projeter ses fantasmes sur l’Algérie. Le Hirak rêvé par les officines et les Think-tanks n’a pas eu lieu. La libération de la société civile d’une poignée de porte-paroles faussaires a commencé et la mise sous tutelle de l’armée algérienne n’a pas abouti.

La lutte continue.

  1. Frantz Fanon, L’an V de la révolution algérienne.
  2. Diego Sequera, De quoi la guerre non coventionnelle est-elle le nom ? https://www.investigaction.net/fr/de-quoi-la-guerre-non-conventionnelle-est-elle-le-nom/
  3. https://www.middleeasteye.net/fr/en-bref/les-algeriens-restent-optimistes-sur-laboutissement-du-mouvement-populaire
  4. https://www.brookings.edu/wp-content/uploads/2019/07/FP_20190711_algeria.pdf
  5. https://www.jeuneafrique.com/754900/politique/libye-arabie-saoudite-le-marechal-haftar-recu-a-riyad-par-le-roi-salman/
  6. https://www.youtube.com/watch?v=zTVJaX5LOdM
  7. Djawad Rostom Touati, Le drapeau Palestinien et le Hirak, http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2019/06/le-drapeau-palestinien-et-le-hirak.un-texte-de-djawad-rostom-touati.html
  8. https://www.facebook.com/lavantgarde.algerie/videos/vb.370777663622673/646161486173919/?type=2&theater

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