Algérie, Mon Amour: tentative de canalisation de la colère du peuple. Par Amel Boulahia.

Par Amel Boulahia.

 Dans un contexte géopolitique tendu, la soirée du mardi 26 mai a vu l’émergence d’une forte polémique, suite à la diffusion d’un film documentaire sur France 5.

 En regardant le documentaire, on constate d’emblée le recours au jeu sur les émotions (dramatisation des faits, effets musicaux, etc.) et ce pour un objectif bien précis: remettre au goût du jour le vieux cliché de l’Algérie, prison à ciel ouvert. Mais quel est le public cible ? Nous ? Sûrement pas, puisque nous sommes sur place, et donc les mieux informés sur la question. Un média français est avant tout destiné à un public français, afin que ce dernier puisse se mobiliser pour défendre des causes qui lui sont rendues sensibles par le spectacle, prendre le parti de ces algériens victimes, qui auraient été abusivement maltraités. En un mot: adhérer à la narrative des combattants de la « liberté » du Hirak 3.0

 Si l’on revient sur les commentaires des téléspectateurs algériens, on fait nécessairement cette réflexion: bien qu’appartenant à des environnements sociaux et culturels différents, la plupart d’entre eux, expriment à l’unisson une forte réticence à l’égard du reportage, leur déception semble surtout liée à l’image d’une société Algérienne occidentalisée, la peur d’un recul de l’Islam, de la perte de la culture, la perte de l’identité et leurs conséquences. Les regards ne restent figés que sur une partie du réel, ce qui mènera à nier son complémentaire, ou du moins à le négliger, mais sans se laisser aveugler par le charme trompeur des libertés individuelles. Les peuples sont depuis longtemps polarisés autour de ces faux clivages sociétaux. Ici, la colère du peuple est orientée vers un seul bassin, celui de la religion et de la culture, au temps où une conception plus élargie s’impose, par conséquent, quelques points importants lui ont échappé, je les réduirais à trois ou quatre principaux:

  1. Cette image d’une Algérie, prison à ciel ouvert n’est que l’avant-garde d’une offensive plus large, afin de préparer l’opinion publique Française au fait que ces opprimés puissent défendre ces causes en toute légitimité.
  • l’objectif de ces reportages ne se résume pas à la déformation du Hirak, qu’il suffirait de démentir ou de s’en dissocier. Dans le cadre de la crise actuelle, la France semble renouer avec ses vieilles pratiques (jouer la carte de la liberté sexuelle, de l’émancipation des femmes, des LGBT, de l’indépendantisme des minorités ethniques…etc.) qui constituent un prétexte pour justifier des formes d’ingérence impérialiste violente, qu’il ne s’agit donc pas d’un complot contre le Hirak mais plutôt contre l’Algérie.
  • l’extrême urgence de comprendre que le «Hirak» montré par ces reportages et celui de Drareni et Fersaoui pour ne citer que ceux-là, vont tous les deux dans le même sens, celui des régimes change. La nécessité de rompre avec le nouveau Hirak, de comprendre qu’il ne s’agit plus que d’un semblant de Hirak infesté d’organisations inféodées à l’impérialisme dont la finalité pourrait aller jusqu’au démantèlement de notre Algérie, à l’image de la Libye actuelle.
  • Une méfiance accrue doit être apportée, vis-à-vis ce genre de témoignages qui, feignent d’abord n’être engagés dans aucune cause politique, puis petit à petit prétendre représenter toute la jeunesse, puis tout le Hirak, et ainsi effacer des mémoires les revendications réelles du mouvement populaire et le raviver sous une autre forme: les questions sociétales, dont la caractéristique majeure est l’individualisme, qui prennent le dessus sur les questions sociales, ce qui revient à mettre la charrue devant les bœufs. C’est trop abstrait ? Rappelons l’exemple de Mai 68, avant de revenir à l’actualité, plus précisément à l’affaire Georges Floyd aux États-Unis, qu’on ne puisse réellement ranger sous la case du racisme anti-noir, dès lors qu’on a des personnalités politiques et culturelles de couleur qui rejoignent les manifestations, et qui sont pourtant très loin du quotidien de ces classes populaires, dont ils ignorent en réalité à peu près tout. C’est là qu’on s’aperçoit qu’il ne s’agit que d’une façade permettant à la minorité dominante de détourner la colère du peuple à son profit. Il est de même pour la violence répressive contre les migrants qui se produit parallèlement dans nombre de pays européens.

 Pour revenir au reportage, observons l’évolution qui suit:

Les crises financières ont démontré à travers les années que lorsque la croissance économique régresse, le chômage augmente, la pauvreté s’étend et ainsi, les inégalités sociales s’accentuent, les divergences des conceptions de la société se multiplient, la société perd de son homogénéité et s’individualise. Tout cela a comme conséquence que les débats sociétaux s’enflamment, tel qu’on a pu le voir sur le reportage, à travers les témoignages de ces jeunes, chacun selon ses besoins, rêvant de moins de restrictions et d’interdits.

Or, de cet acheminement qu’on vient de tracer, des fluctuations économiques jusqu’aux fluctuations sociales, on conclut de toute évidence que le sociétal n’existe pas en tant que tel, isolé du reste, ces libertés individuelles qu’il préconise doivent être conciliées avec les droits sociaux, la libération des individus est nécessairement conditionnée par le progrès social, par un mouvement populaire allant dans le sens de la lutte des « gilets jaunes » puisque le film est français ou dans le sens de nos revendications nationales et sociales, ici dans notre pays, mêlant étudiants, paysans, employés, ouvriers et retraités pour la revalorisation du travail.

Il est juste de rajouter, pour conclure, que toutes les minorités insignifiantes, en dehors d’un mouvement pour le progrès, défini par l’amélioration des conditions de travail et de la vie des collectivités humaines, n’ont pas d’autre vocation que de rediriger les colères vers de fausses révolutions. Le phénomène est récurent chaque fois qu’une révolution sociale s’annonce, il relève donc de notre devoir nous, Algériens, de nous en méfier, afin de sauver la notre et protéger notre patrie.

Amel Boulahia.

Pour l’Atelier Jeunesse/Université du Collectif novembre pour la souveraineté nationale, une économie autocentrée et le socialisme.

Le Collectif novembre est un cercle d’apprentissage, d’études et de réflexions sur les questions nationales et de géostratégie. Mohamed Bouhamidi en est le secrétaire.

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