« Saout Echaab »-septembre 1990 : Commémoration du 50ième anniversaire de la mort en détention de Kaddour BELKAÏM ex. Secrétaire Général du PCA.

COMMEMORATION DU 50éme ANNIVERSAIRE DE LA MORT EN DETENTION  DE KADDOUR BELKAÏM EX. SECRETAIRE GENERAL DU PCA. L’HUMILITE REVOLUTIONNAIRE

  
Commémorer l’anniversaire de la mort d’un militant ouvrier n’est jamais un acte fortuit. C’est toujours une occasion pour tirer quelques enseignements de la lutte  anticoloniale   et antifasciste de notre peuple hier, et éclairer aujourd’hui notre combat contre les forces de la réaction, l’obscurantisme et l’impérialisme…

Cette année coïncide avec la commémoration de la mort de plusieurs militants ou simples fils de l’Algérie dans la lutte contre le fascisme et le colonialisme auxquels nous rendons hommage. Parmi eux, le cheïkh Abdelhamid Benbadis, président de l’association des oulémas, Douar Mohamed militant du PPA et Kaddour Belkaïm secrétaire général du PCA, ainsi que beaucoup d’inconnus, en terre natale ou ailleurs en Europe et dans le reste du monde.                                                              

Aborder la biographie succincte de Kaddour Belkaïm figure distinguée du mouvement national      et ouvrier algérien, son apport à l’émancipation politique de son peuple, nous emmène inévitablement à parler d’une période des plus obscures de l’histoire de notre pays (1938-1943), mais riche en enseignements pour nos luttes dans le contexte actuel.

Les rares témoins encore vivants, les quelques sources documentaires disponibles, mettent en relief le grand esprit de sacrifice de ce dirigeant ouvrier, malgré ses maladies chroniques, l’activité intense et inlassable de cet infatigable fils de Médine El-Djédida, quartier populaire d’Oran, où il est né en 1908, sa lucidité et clairvoyance politique, sa force de conviction, sa sincérité et son amour profond de son peuple et de sa patrie.

Simple employé, il était imbu de culture arabo-musulmane et d’histoire de sa nation, de ses héros, fervent défenseur de la langue arabe opprimée, des valeurs et principes moraux progressistes de l’islam tolérant. Il avait un esprit ouvert remarquable, lui permettant de distinguer entre le véritable nationalisme révolutionnaire et le chauvinisme raciste, les intérêts généraux fondamentaux du mouvement de libération nationale, et les étroitesses chauvines contre les composantes minoritaires de notre peuple ; vision qui n’a absolument rien à voir avec « la thèse de la nation en formation » qui l’écœurait. Il avait une haine acharnée contre le colonialisme et le fascisme. 

Son lien avec les masses populaires, la classe ouvrière algérienne, était direct, continue et indéfectible, malgré toutes les barrières dressées par l’autorité coloniale, à travers tout le pays. C’était aussi un orateur de talent, parlant le simple langage compris par les masses, vivant ses souffrances, ses aspirations nationales et ses besoins matériels, culturels et spirituels.  

C’était un artisan patient et habile de l’unité d’action des forces patriotiques, d’abord à la base, sans verser dans l’opportunisme ou sacrifier l’action indépendante du parti de la classe ouvrière, dans les conditions délicates de l’infantilisme du mouvement nationale et ouvrier algérien avec toutes ses contradictions et sa dispersion.

Il était un ardent défenseur de la juste cause palestinienne, et de l’unité du mouvement de libération nationale arabe, de « l’arabisation » de ses partis ouvriers et communistes dans la lutte contre le colonialisme, le sionisme, le fascisme et leurs alliés réactionnaires.

Belkaïm avait des capacités d’autocritique inégalées, aidé par sa simplicité et sa grande modestie qui lui permirent de corriger ses erreurs, de contribuer rapidement au redressement de la ligne du parti, collectivement avec ses camarades. Cela se faisait dans des conditions marquées par la tutelle de certains dirigeants du PCF, par les déformations ‘’staliniennes’’ des années trente, la persistance de l’idéologie social-démocrate profonde chez beaucoup de militants, surtout d’origine européenne, mais aussi chez une partie des autochtones, et par les errements de la politique de la 3éme internationale qui elle-même  subissait  le  diktat  de  la  diplomatie  soviétique  et  la  purge du stalinisme.

Grâce à lui, et à d’autres dirigeants et militants, le PCA prôna ouvertement et nettement la ligne d’indépendance nationale de septembre 1939 à juin 1941, après qu’elle ait été reléguée eu second plan à partir de 1936.

Les racines historiques et théoriques de ces fluctuations justifiées faussement par des théoriciens du PCF sur la possibilité alternative de « la République Française des Soviets », remontent à plus loin, à la conception inachevée du marxisme sur « la civilisation du capitalisme colonial » dans les pays hors de la sphère européenne, que Lénine surmontera de manière créatrice dans les conditions de l’impérialisme.

Le PAGS, héritier des meilleures traditions du mouvement national et ouvrier algérien, doit en réassimilant de manière critique ce riche héritage, tirer tous les enseignements de son expérience historique. Plus concrètement, certaines similitudes entre la période en question et celle d’aujourd’hui, sans faire de transplantation mécanique et abstraite, si elles sont étudiées scientifiquement, sans apostériorisme, nous aideront à déceler des possibilités alternatives, non réalisées, valables pour le présent.    

A titre d’exemple, l’édification du parti de la classe ouvrière doté d’une ligne politique juste et constante, lié aux masses, jouant réellement son rôle d’avant-garde était possible à partir de cette période, mais non réalisée complètement. Autre exemple, le mot d’ordre stratégique de front démocratique large, sans hégémonisme, jamais atteint, y compris durant la guerre de libération nationale, malgré les progrès réalisés. Et bien sûr le juste lien entre la lutte contre l’obscurantisme (variante néo-fasciste) et l’impérialisme.  

Voilà quelques axes  de  réflexions  importants  que  nous  pose  cette  commémoration  du  50éme anniversaire de la mort de Kaddour Belkaïm, fils authentique du peuple algérien qui a forcé le respect y compris de ses adversaires et ennemis. Il a été fidèle jusqu’au dernier souffle à sa cause, la cause du peuple. 

 

Boumediene LECHLECH

Ses principales activités et responsabilités:        

Ses principales activités et responsabilités:

– Secrétaire de l’organisation de l’Ouest, puis 1er secrétaire  du PCA.                                                             

– Secrétaire général du Bloc des Organisations Musulmanes de l’Ouest dont cheïkh Saïd Zahiri était président (Congrès Musulman)

– Dirigeant du comité de défense des quartiers arabes.

– Animateur des luttes ouvrières intenses, de la solidarité avec la république espagnole…

Quelques sources écrites:

* En novembre 1940 « lutte sociale » ronéotypé écrit… « face à tous les impérialismes les communistes algériens réclamant L’INDEPENDANCE NATIONALE DE LEUR PAYS ET LA CONSTITUTION D’UN GOUVERNEMENT DEMOCRATIQUE ALGERIEN »                                                     

* Voir aussi la Dépêche Algérienne et l’Echo d’Alger du 27.01.1941

* Un travail de recherche scientifique est en cours sur le sujet. Il est mené par des chercheurs en histoire, parmi nos militants spécialisés loin de toute étroitesse partisane.

Source : Page 15 « Saout Echaab » n° 189 – Septembre 1990.

                                                 

Source : Page 15 « Saout Echaab » n° 189 – Septembre 1990.

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