Samia Zennadi à son père : Repose en paix mon papa, mon héros, mon camarade.

L’image contient peut-être : 1 personne
Samia Zennadi vient de perdre son père. Elle est amie de notre "Collectif novembre". Elle nous a prodigué soutien et sympathie. Elle a été constamment présente dans la lutte contre  la reconquête néocoloniale par la culture. Elle a situé son combat, aux côtés de Karim Chikh et celui de sa maison d'édition, dans la dynamique de la décolonisation, encore à poursuivre, de notre pays. Elle a initié l'idée de boycott du Salon du Livre de Paris (2008) dédié à la naissance de l'Etat d'Israël. Elle a pris une part décisive dans la mise en échec du projet néocolonial de la Caravane Camus (2010) venue nous expliquer, nous indigènes attardés, comment "bien comprendre" Camus et l'instituer algérien et "figure positive du colonialisme" face aux Cavaignac et Bugeaud. Elle a contribué à la construction d'un regard national sagace sur la fabrication médiatique d'idoles culturelles et littéraires néocoloniales, avant-grade de la normalisation avec Israël.  
Le Collectif novembre a présenté ses condoléances à Samia et Karim Chikh. Nous publions son texte à son père comme mode de condoléances. mais aussi pour sa puissance. Amitié - Solidarité- Compagnonnage. 

Repose en paix mon papa, mon héros, mon camarade.

La nouvelle de ta mort continue de circuler comme une rumeur.
Tu es parti discrètement, le mardi 18 août 2020, tôt le matin, battu par la trahison de ton corps fatigué par la traîtrise des hommes.
Tu as fini par trouver la paix au bout de ton chemin.
Effroi, je suis orpheline de toi et je n’ai aucun doute que ceux qui t’ont malmené dans la vie ne vont pas trouver la paix.

Sur ce bout de papier que je scrute depuis ton départ, il y a ta photo, celle d’un beau jeune homme de 25 ans, lieutenant des forces aériennes algériennes.
Tu as fait partie de la première promotion envoyée par l’Armée de Libération Nationale en République Populaire de Chine où tu avais reçu pendant 3 ans une formation en aéronautique dans une académie militaire.
C’etait en 1961 et ton destin sera lié à celui de l’armée de l’air jusqu’en 1996, date à laquelle tu as fait valoir tes droits à la retraite après avoir servi l’institution militaire pendant 40 ans.
Durant ta carrière d’officier supérieur, tu avais occupé plusieurs postes de responsabilité, notamment commandant de la base aérienne de Ain-Oussera en 1ère région militaire, de Bou-Sfer en 2ème région militaire, de Biskra en 4ème région militaire. Directeur de l’Etablissement Central de Rénovation des Matériels Aéronautiques, Chef d’Etat-Major de la 4ème région militaire et du Commandement des Forces Aériennes.

Sur ce bout de papier qui date de 1963 et qui te servait de carte d’identité et de document pour rentrer chez toi, il y a ton nom de guerre, Abdellatif Seddik Zennadi, celui de ton pays l’Algérie et en bas de page trois mots en arabe [الإيمان. الصدق. العمل]. Je ne suis pas sûre de bien traduire en disant Engagement. Honnêteté. Action. Ce dont je suis sûre, c’est qu’ils étaient en tête des principes de ta vie, ceux de servir ton pays en assumant sans dévier le serment du jeune homme de 19 ans que tu as été qui avait rejoint la lutte armée dans les monts de Tébessa la nuit du 14 janvier 1957.

Repose en paix mon papa, mon héros, mon camarade.
Zennadi El Hamza, dit Abdelatif. Né, le 12 octobre 1938 à Tébessa. Décédé le 18 août 2020 à Alger

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *