Sur le néolibéralisme. Par Mohamed Mezghiche.

Quand on évoque le système néolibéral (capitalisme globalisé) on ne peut pas s’empêcher de rappeler les misères et la souffrance qu’il a engendrées pour la majorité des populations des pays là où il a été imposé. Ce système donne le droit à une minorité d’individus de posséder la totalité des richesses de leur pays. Aux USA, par exemple, un pour cent d’américains accumulent les 98 pour cent des richesses de tout leur pays. La survie de ce système dépend, sans doute, de l’étendue de son influence et ses capacités à imposer son hégémonie sur tous les pays de la planète pour exploiter leurs richesses et par la même occasion conquérir ainsi de nouveaux marchés. Les pays néolibéraux ont souvent recours à la guerre pour réaliser leurs objectifs. Des pays entiers ont été détruits (Irak, Libye), d’autres déstabilisés (Syrie, Bolivie, Venezuela…) et des millions de personnes réduites à la pauvreté et à la misère dans le seul but de satisfaire les actionnaires des multinationales, des fonds de pension et des banques. D’autres pays, quand leur faire la guerre recèle des risques, subissent des embargos et des entraves de toutes sortes les contraignant à se soumettre. C’est une nouvelle forme de colonisation. Le système néolibéral entraîne toujours une paupérisation qui finit par toucher presque toutes les couches sociales, excepté une petite minorité. Les conséquences de cette politique basée sur le profit et la spoliation du travail d’autrui n’épargnent pas les travailleurs des pays développés. Leurs acquis sociaux, fruits de longues luttes, sont balayés avec une arrogance sans limite.

Photo: Muhammad Haj Kadour AFP Après huit ans de guerre dévastatrice, la Syrie est un pays en ruines.

Le plus étonnant, dans cette situation et devant ce bilan catastrophique du capitalisme globalisé, est que  rien ne semble venir l’inquiéter. Les victimes et les laissés-pour-compte dans ces sociétés profondément injustes semblent accepter leur sort. Le secret, de cette totale soumission, de cette domination sans contestation, réside dans le fait que la majorité de ces populations a été convertie à l’idéologie du néolibéralisme.

Les médias lourds et les journaux contrôlés par une poignée de riches et leurs relais d’idéologues, de philosophes et politiciens concourent à inculquer aux citoyens l’idéologie néolibérale de façon méthodique et continue. Ils ont commencé par leur ôter, d’abord, leur sens critique et leur capacité à raisonner de manière rationnelle. Cet objectif a été atteint grâce à la magie de la télévision. L’image a remplacé le discours, rationnel, cohérent et critique. La perte de rationalité a permis aux citoyens de justifier des guerres, le chômage et tant d’autres misères. On ne mesurera jamais le pouvoir exercé par certaines publicités, savamment étudiées, sur le comportement des citoyens.

L’idéologie néolibérale affirme la suprématie de l’économie et du marché. Elle valorise l’individualisme et considère que les inégalités sociales sont naturelles. L’idéologie néolibérale voit en L’État un obstacle à la circulation des marchandises et elle vise donc son abolition ou sinon à limiter son pouvoir pour devenir un simple instrument de sa politique économique néolibérale. La marchandisation et le profit sont élevés au rang de valeurs suprêmes au point où tout tend à devenir une marchandise. Elle pousse les individus à toujours consommer plus pour alimenter le marché et garantir sa croissance. L’autorité publique et les actions collectives sont pour les tenants du néolibéralisme des entraves à la liberté des individus. Les valeurs traditionnelles de solidarité et d’humanisme et de luttes contre l’exploitation des travailleurs doivent disparaître pour ne pas fausser la logique du fonctionnement du marché. La marchandisation et le profit deviennent, aux yeux des néolibéraux, la nouvelle religion.

Comme conséquence de cette vision, les idéologues du néolibéralisme agissent, là où ils peuvent, à défaire les communautés, les syndicats et aussi les partis antilibéralisme. Ils bâillonnent aussi, avec leurs moyens, toute voix contraire et discordante à leur discours. Isolé, l’individu,= perd ses repères et ses soutiens. Il devient une proie facile aux mains des adeptes de la suprématie du marché et des pouvoirs politiques néolibéraux. Ses seuls rapports avec les autres deviennent des rapports de compétition. Il est englouti dans un abîme sans fin, celui de l’individualisme. Son slogan devient « Je suis libre », libre au sens, après avoir été désarmé, il lui est permis de se défendre, libre aussi d’accepter sa soumission. Il est ainsi pris au piège. Il devient lui même une marchandise aux mains des tenants de ce système. L’individu perd donc totalement sa liberté, au sens noble du terme, au profit de celle de la liberté de consommer,  tout en pensant que ce choix est de sa propre initiative. Une servitude librement consentie. C’est là le secret du succès du système néolibéral.

Mohamed Mezghiche – le 22/5/2018.

 

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