Extrait : La bête sauvage ( société civile) : métamorphose de la société capitaliste et stratégie révolutionnaire – de Michel Clouscard, pages 37-38-39

Extrait proposé par Khaled Oudak.
 » {—} Cette réalité — du progrès dû aux biens d’équipements — a été radicalement faussée. Essentiellement par le double jeu des freudo-marxistes et des économistes de l’économisme positiviste. C’est qu’ils n’ont même pas pu, pas su, pas voulu accéder aux très simples classifications que nous proposons. Et comme ils doivent les trouver vieux jeu, puisqu’elles ne font que reprendre la réalité au premier degré, puisqu’elles glorifient des biens d’équipements que les économistes ont confondu avec les biens de consommation — biens de consommation méprisables, diront les freudo-marxistes à la manière de Marcuse, et qui ne sont que la soumission à la société de consommation.
Ces idéologues sont responsables de la radicale confusion entre le progrès industriel et son exploitation capitaliste.
Non seulement ils ont prouvé leur platitude intellectuelle (puisqu’ils n’ont pas su distinguer les deux ordres, puisqu’ils ont condamné le progrès prétendant condamner le profit, jetant le bébé avec l’eau du bain), mais ils ont aussi proposé l’essentiel de l’idéologie contre-révolutionnaire de la société civile. Et pourtant le progrès est là{—} « 
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 » {—} Mais cette industrialisation de série se fait sous tutelle capitaliste, mais ces biens sont des marchandises.
De là, alors, l’autre figure de l’oppression économique (celle qui est spécifique du Capitalisme Monopoliste d’Etat de l’ascendance) qui va témoigner d’une aliénation bien différente de celle que les idéologues contempteurs du progrès (idéologues de la société civile) ont pu proposer. Cette oppression est une récupération du progrès, une savante utilisation de ses acquisitions (les biens d’équipements) : la classe ouvrière va devenir un marché.
Cela permettra une oppression à deux niveaux, à deux relances, qui radicalise l’aliénation ouvrière.
Au niveau du Capitalisme Concurrentiel Libéral , la classe ouvrière produit essentiellement des biens de production (outils) pour le capitalisme mais aussi des objets manufacturés pour la consommation de la bourgeoisie.
La part qui lui revient, de cette dernière production, est infime.
Le Capitalisme Monopoliste d’Etat inverse cette situation : la classe ouvrière produit beaucoup plus d’objets manufacturés et pour elle, à son usage. Elle les utilise.
Nous ne disons pas : les consomme.
Ce serait passer à un autre ordre, un autre ordre de classe. Celui qui révèle un investissement libidinal auquel, nous le verrons, la classe ouvrière n’accède pas, ou si peu, car il s’accomplit par un autre type de biens.
Répétons-le inlassablement : les biens d’équipements sont fonctionnels, ils sont utilitaires, ce sont des moyens. Ils n’ont pas la vertu de jouissance, de gratification des biens d’un autre marché que nous allons définir comme étant le marché du désir, d’objets, de services, d’usages dévolus à une autre clientèle.
Par ces biens d’équipements, le capitalisme réalise une relance de l’extorsion de la plus-value, tend à compenser par de nouvelles marchandises la baisse tendancielle du taux de profit, conquiert un nouveau débouché, un nouveau marché.
C’est le fondement du néocapitalisme, une radicale mutation des perspectives économiques qui se traduira par une radicale mutation de l’idéologie politique.
L’ouvrier est devenu un client. Il faut lui vendre, donc le ménager, plus précisément le « manager » en tant que client. Et par ailleurs l’opprimer encore plus en tant que producteur. L’exploitation de l’homme par l’homme subit une radicale transformation, la classe ouvrière est soumise, alors, à une double et complémentaire oppression économique.
Reconstituons son processus :
-1° Les objets manufacturés sont produits, fabriqués par la classe ouvrière. Celle-ci fabrique les chaînes de produc- tion puis les objets. Ceux-ci sont doublement sa chose. Un objet n’appartient-il pas à celui qui le fabrique ?
-2° Ces objets sont vendus à la classe ouvrière. Non pas au prix de revient (ou avec une ristourne maison comme certaines entreprises peuvent le faire pour certains de leurs produits vendus à leurs ouvriers et employés), mais au contraire avec le sur-profit de la vente à crédit, celle du capitalisme bancaire (1/4 ou 1/3 de plus que le prix de vente, alors que celui-ci est déjà 1/4 ou 1/3 de plus que le prix de revient).
Autrement dit, le capitalisme du Capitalisme Monopoliste d’Etat accumule sur le même objet deux profits-oppressions :
-1° Celui de la production qui autorise la maximale extorsion de plus-value, de par l’accumulation du travail à la chaîne (fordisme, taylorisme) et du productivisme (cadences infernales) spécifique du CME. Cette maximale extorsion permet le prix de revient le plus bas.
-2° Celui de la vente : le salaire de l’ouvrier est repris, « récupéré » comme paiement du bien, avec la majoration arbitraire que décide le capitalisme bancaire. La politique des revenus permet l’expansion de ce capitalisme bancaire. L’ouvrier est exploité autant dans « sa consommation » que dans sa production. (Et il n’est pas exempté de… la TVA…)
En cette affaire, la classe ouvrière n’accède nullement au fameux investissement libidinal. Elle ne fait qu’acquérir les biens maintenant devenus nécessaires à la vie collective et des ménages, pour subsister. {—} « 
Page 38 et 39.

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