Histoire de la pensée économique – Karl Marx. Présenté par Krzysztof Jakubowski, Karim Radwan et Aleksandre Smirnov

Karl Marx (1818 – 1883)

Biographie :
Karl Marx a réalisé avec Friedrich Engels (1820-1895) une œuvre philosophique et sociale qui a marqué, en profondeur, le XIXe et le XXe siècle.
Né à Trèves, en Allemagne, dans une famille aisée, fils d’un avocat descendant d’une lignée de rabbins, Karl Marx fait des études de droit et de philosophie, et consacre, en 1841 , sa thèse à Démocrite et Epicure. Il épouse, en 1843, Jenny de Westphalen, d’une illustre famillearistocratique. A Paris, il fait la rencontre d’Engels, fils d’un industriel, avec qui il collaborera pendant toute sa vie. Expulsé de France, il gagne la Belgique, puis Londres. Avec Engels, il
rédige le célèbre Manifeste du Parti communiste (1848). A Londres, où il s’installe définitivement, Marx vit dans une très grande pauvreté, malgré les subsides d’Engels. Néanmoins, il produit une œuvre abondante et anime la Première Internationale ouvrière. En
1881, Jenny meurt et, en 1883, Marx s’éteint lui-même.

L’œuvre écrite :
L’Idéologie allemande (avec Engels et Hess, 1845-1846)
Misère de la philosophie 1847
Manifeste du parti communiste 1848
Les luttes de classes en France (1850)
Contribution à la critique de l’économie politique (1859)
Le Capital 1867
Critique du programme de Gotha (1875).

Contexte :
L’œuvre de Marx s’inscrit dans une période ou le développement très rapide du capitalisme industriel conduit à une paupérisation des masses du prolétariat fraîchement formé. C’est le début de la pensée socialiste et l’époque des révolutions démocratiques (surtout 1848) qui bouleversent l’Europe.

Marchandises et surproduction
La richesse de la société capitaliste provient d’une gigantesque accumulation de marchandises. La marchandise n’est pas qu’un simple objet. C’est sa valeur et la possibilité de l’échanger qui fait d’un objet une marchandise. Alors qu’auparavant on produisait des objets pour s’en servir, les objets avaient une valeur d’usage, les capitalistes se sont mis à produire des objets pour les vendre, leur conférant une valeur d’échange qui a fini par supplanter la valeur d’usage. C’est l’aliénation de la valeur d’usage: les objets sont mal utilisés, étant traités par les capitalistes comme des « valeurs ».

Cette tendance qu’a la valeur d’échange à gommer la valeur d’usage se retrouve dans la surproduction. La production capitaliste aboutit en effet périodiquement à une accumulation excédentaire de marchandises, dont les conséquences sont l’effondrement des prix et la crise économique.

La force de travail comme marchandise
Le raisonnement de Marx repose ensuite sur l’idée que la force de travail est une marchandise dans l’économie capitaliste. Elle s’achète, et son prix, le salaire, se négocie sur le marché selon le principe généralisé de la valeur d’échange. Celle-ci, comme pour tout autre produit, est déterminée par le temps de travail socialement nécessaire à la production du bien. La mesure du salaire correspond ainsi au coût de l’entretien et du renouvellement
de la force de travail, équivalant strictement à celui de la subsistance matérielle du travailleur et de ses enfants, qui le remplaceront.

La surproduction de cette marchandise spécifique qu’est la force de travail existe elle aussi. En fonction des cycles, durant les périodes de crise, on assiste au développement d’une « armée de réserve industrielle » qui correspond aux chômeurs des pays industrialisés, mais
qui s’est aussi étendue au marché colonial, que Marx prend constamment en compte dans
son analyse.

La constitution de cette classe de travailleurs nombreux provoque une opposition inévitable entre employeurs et employées. Ce qui introduit une autre idée maîtresse de Marx, « la survaleur ».

Les deux formes de la survaleur
Marx analyse séparément les deux formes typiques sous lesquelles cette lutte de classes se déroule en permanence: il les désigne comme production de survaleur absolue et production de survaleur relative.

La survaleur absolue correspond à une productivité donnée du travail social, à une valeur donnée de la force de travail. Elle révèle tout simplement, sous une forme immédiate, l’extraction d’un surtravail qui est l’essence de l’accroissement du capital: contraindre le travailleur à dépenser sa force de travail au-delà des nécessités de sa propre reproduction du fait qu’il ne dispose pas lui-même des moyens de production nécessaires. Le moyen fondamental pour y parvenir est l’allongement de la durée du travail, la fixation du salaire de telle façon que le travailleur ne puisse reproduire sa force de travail qu’en travaillant plus
longtemps. Cette tendance apparaît avec les débuts du capitalisme, mais elle continue de jouer sur la base de n’importe quelle productivité du travail social.

La survaleur relative a un principe inverse: l’augmentation du surtravail n’y est pas obtenue directement par prolongation du travail nécessaire, mais par la réduction de celui-ci, en faisant baisser la valeur des marchandises nécessaires à sa reproduction. Ce résultat est obtenu par l’élévation de la productivité du travail qui est, en pratique, inséparable de l’accroissement de son intensité . L’analyse des «méthodes» diverses utilisées par le capital pour produire une survaleur relative met bien en évidence la solidarité qui, par-delà leur concurrence, réunit les différentes fractions du capital social dans le procès d’exploitation:
chaque capitaliste accroît son profit individuel en augmentant chez lui la productivité du travail, mais il ne contribue finalement à la production de survaleur, sur laquelle sont prélevés tous les profits individuels, que dans la mesure où il contribue à abaisser ainsi la valeur des moyens de consommation de la classe ouvrière.

En identifiant la survaleur au profit, Marx dénonce le salariat comme une forme d’exploitation, et il sape à la base toutes les justifications que donnent les capitalistes de leur poursuite du gain.

L’accumulation
Le mouvement du capital ne produit de la survaleur que pour se reproduire lui-même comme capital, et même se reproduire sur une échelle élargie. La reproduction simple du capital intervient lorsque la survaleur est tout entière consommée par la classe capitaliste de façon improductive. La reproduction élargie, l’accumulation du capital , est le véritable objectif de la production capitaliste.

En apparence, dans chaque cycle de production pris isolément, le capital et le travail proviennent de deux pôles distincts; le capitaliste et le travailleur salarié, l’un et l’autre propriétaires d’une marchandise, concluent un contrat d’échange entre valeurs équivalentes (salaire contre force de travail). En réalité, dès qu’on considère la transformation de la survaleur en capital – le procès de reproduction du capital au cours de cycles de production successifs –, le capital se révèle constitué de survaleur accumulée; le capital est du surtravail extorqué servant à l’extorsion d’un nouveau surtravail.

Marx écrit dans Le Capital: «Chaque transaction isolée respecte la loi de l’échange des marchandises exactement, le capitaliste achetant continuellement la force de travail, le travailleur la vendant continuellement (on admettra même qu’il l’achète à sa valeur réelle.

Critique :
Marx est le premier qui applique une démarche scientifique à l’économie. Il voulait démontrer les effets néfastes du capitalisme sur le développement harmonieux de la société. Si la rigueur de cette démarche continue de susciter aujourd’hui encore un intérêt important chez les économistes (un économiste important du XXe siècle disait : « On peut penser contre Marx, mais pas sans Marx »), il est indéniable que la volonté première de Marx, une application politique de ses idées, a subi des échecs cuisants tout au long du XXe siècle. Ce n’est donc pas tant sur le plan théorique que Marx est aisément critiquable, que sur les abus que provoquent l’application de ses idées. Du moins les «lois économiques» énoncées par Marx possèdent-elles deux caractéristiques remarquables: d’une part, ce sont des lois nécessaires , déduites du mécanisme fondamental de la production, et non pas de simples modèles des variations des grandeurs économiques définies au niveau de la circulation des marchandises et des capitaux; d’autre part, ce sont des lois tendancielles , dont les effets sont contrecarrés par suite des rapports de production mêmes dont elles dérivent, et qui conduisent ainsi à des contradictions. Elles dépendent, dans leur réalisation, du
développement historique de l’accumulation capitaliste (la concurrence des capitaux prend des formes différentes en fonction de leur degré de concentration, du développement inégal du marché mondial, etc.). Elles débouchent ainsi directement sur l’étude de l’impérialisme.

Bibliographie :
http://perso.wanadoo.fr/marxiens/philo/pretagen/marx.html
http ://csf.colorado.edu/mirrors/marxists.org
http://perso.infonie.fr/mper/auteurs/Marx.html
http://perso.wanadoo.fr/jean-pierre.proudhon/p_j_prou/marxprou1.html
http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/sy/sy_133_p2.html
« Introduction aux théories économiques », Françoise Duboeuf, ed. La Découverte, coll.
repères 1999 Paris

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