Mille Bâbords le 17 juin

à l’invitation du Groupe Gaston Crémieux

La dernière guerre  

Malgré une nouvelle agression meurtrière en mai dernier, la Palestine résiste à sa disparition programmée et à la fragmentation. Tout a commencé avec la tentative d’expulser des habitants de Jérusalem Est de leurs propres maisons, cela s’est poursuivi avec de véritables ratonnades aux cris de « mort aux Arabes » organisées par les colons. L’armée de l’occupant est entrée violemment sur l’esplanade des mosquées. Et toute la Palestine s’est embrasée. Les Palestiniens de 48 (ceux qui vivent en Israël) ont déclenché une grève générale et un mouvement « Palestinian lives mater » est apparu (référence à George Floyd). Une fois de plus, Gaza a subi un déluge de bombes (250 morts dont 68 enfants, 60.000 sans abris).

Comme toujours, Israël a bénéficié de l’impunité et de la complicité internationale. Biden a empêché toute condamnation à l’ONU. Les ventes d’armes états-uniennes continuent. Macron a envoyé ses condoléances … à Nétanyahou.

Les criminels assumés se succèdent au pouvoir en Israël : Après Nétanyahou (allié ouvert de l’extrême droite mondiale et corrompu notoire), voici Bennett. Les colons sont au pouvoir et ils ne masquent pas leur idéologie : « J’ai tué beaucoup d’Arabes, je ne vois pas où est le problème » déclarait Bennett en 2013.

D’où je parle

Je suis un professeur retraité, syndicaliste, auteur de plusieurs livres dont « La Nakba ne sera jamais légitime ». J’ai effectué plusieurs séjours en Palestine dont deux à Gaza (2013, 2016).

Je suis issu de parents juifs venus de Bessarabie. Ils étaient communistes et se sont engagés dans la résistance au nazisme. Ma mère a été la seule survivante d’une famille exterminée en Europe Orientale. Mon père, membre du groupe Manouchian, a été déporté à Buchenwald.

J’appartiens à l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix), association fondée en 1994. J’ai adhéré en 2002, après une conférence sur le sionisme faite dans  cette salle. Les positions de l’UJFP sont passées de « pas de crime en notre nom » à la définition d’Israël comme État d’apartheid. Nous faisons nôtres les revendications de l’appel palestinien au BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre l’État d’Israël jusqu’à ce qu’il respecte le droit international, à savoir : fin de l’occupation et de la colonisation, libération des prisonniers, destruction du mur, fin du blocus de Gaza, égalité des droits pour tous les habitants de cette région, droit au retour des réfugiés palestiniens … Nous sommes antisionistes. Nous nous réclamons de tous ces Juifs, longtemps majoritaires, qui considéraient que leur émancipation comme minorité opprimée, passait par celle de l’humanité. Nous sommes contre toutes les formes de racisme et de suprématisme.

Retour sur l’Histoire 

L’antisémitisme

Il y a d’abord eu pendant plusieurs siècles l’antijudaïsme chrétien. Le christianisme a créé des stéréotypes racistes, accusant les Juifs d’être un peuple déicide. Il a décrété contre eux de nombreux interdits professionnels et leur a interdit de posséder la terre. Cette période a été ponctuée par de nombreux massacres.

Au milieu du XIXème siècle apparaît l’antisémitisme racial. Des théoriciens comme Willelm Marr ou Gobineau parlent de races (aryenne, sémite) inégales. C’est l’époque d’un colonialisme en pleine expansion et d’un racisme biologique défendu par certains scientifiques. L’antisémitisme est hégémonique en Europe vers 1900.

Le sionisme minoritaire chez les Juifs.

Le sionisme est une réponse à l’antisémitisme, mais une réponse terrible. Pour les sionistes, Juifs et non Juifs ne peuvent pas vivre ensemble et l’antisémitisme est inéluctable. Pour eux, il faut créer un État juif. N’importe où au départ.

Les religieux juifs (haredim = orthodoxes) seront pendant longtemps hostiles au sionisme. Les rabbins allemands signeront quasi unanimement une pétition contre la tenue du congrès fondateur du sionisme à Munich. Le judaïsme est une religion messianique étrangère à tout projet d’État juif avant l’arrivée du Messie. Pour les religieux, l’an prochain à Jérusalem signifie que les pensées vont vers Jérusalem, pas qu’on y construit un État en expulsant les autochtones et le peuple élu, ce n’est pas celui qui a plus de droits, mais celui qui a plus de devoirs.

En cette fin de XIXème siècle, 60 % des Juifs du monde entier vivent dans l’empire russe qui pratique un antisémitisme d’État. Ces « Ostjüden » sont en grande majorité des prolétaires. Ils deviendront souvent des militants laïques et révolutionnaires. Il y aura un parti révolutionnaire juif, le Bund qui prône l’autonomie culturelle des Juifs sans territoire spécifique. Les autres partis révolutionnaires auront dans leurs rangs de nombreux Juifs. Herzl, qui était un bourgeois, avait le plus grand mépris pour ces Juifs de l’Est qu’il traitait de « youpins ». Tous ces Juifs seront hostiles au sionisme.

Comment définir le sionisme ?

C’est une théorie de la séparation.

Les sionistes ont aussi inventé la fable de l’exil des Juifs et de leur retour.  Mais  les Juifs d’aujourd’hui sont pour la plupart des descendants de convertis de différentes époques et de différentes régions. Et les descendants  des Judéens de l’Antiquité sont essentiellement les Palestiniens.

Majoritairement agnostiques, les premiers sionistes ont instrumentalisé la Bible et l’ont utilisée comme un livre de conquête coloniale.

Le sionisme est un colonialisme particulier. Il ne vise pas à exploiter le peuple colonisé mais à l’expulser et à le remplacer.

Le sionisme est un nationalisme qui a copié les différents nationalismes européens, ceux qui avaient pour slogan un peuple = un État pur et qui ont souvent été antisémites. Mais ce nationalisme a inventé le peuple, la langue et la terre. Le peuple parce que prétendre qu’un Juif polonais et un Juif éthiopien appartiennent au même peuple, c’est une construction idéologique. La langue parce que les Juifs avaient leurs langues (judéo-espagnol, judéo-arabe, yiddish), mais pas l’hébreu réservé à la religion. Et la terre parce que partir en Palestine n’a jamais été une aspiration. Ainsi les Juifs chassés d’Espagne au XVème siècle et accueillis dans l’empire ottoman, sont allés à Salonique, à Smyrne, à Sarajevo, mais pas à Jérusalem.

Le sionisme n’a pas combattu l’antisémitisme. L’empereur Guillaume II ou le ministre russe Plehve, organisateur de pogroms, voyaient d’un très bon oeil un mouvement qui proposait de débarrasser l’Europe de ses Juifs. Citons Herzl : « les antisémites seront nos amis les plus sûrs et les pays antisémites nos alliés ».

Autre exemple d’antisémite ami des sionistes : Balfour. En 1905, il promulguait des lois antijuives. En 1917, il offrait un territoire aux sionistes. Pour lui, les Juifs étaient des parias asiatiques inassimilables. En partant en Palestine, ils devenaient des colons européens en Asie.

Citons toujours Herzl : « l’État juif formera une partie du rempart de l’Europe contre l’Asie, un avant-poste de la civilisation opposée à la barbarie ». Pour les sionistes, la Palestine était une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Quand ils ont réalisé qu’il y avait un peuple, ils ont eu pour projet de faire des Palestiniens les Amérindiens du Proche-Orient.

La construction de l’État Juif. 

Les institutions sionistes qui ont dépossédé les Palestiniens de leur propre pays sont très antérieures au génocide nazi. La Banque Coloniale Juive qui achète  les terres à des féodaux absents pour expulser les métayers présents date de 1898. Le KKL (Fonds National Juif) qui plante des arbres là où il y avait un village palestinien remonte à 1901. Le syndicat sioniste, la Histadrout est créé en 1920. Le premier article de ses statuts prévoit la défense du travail juif. Sa première grève est un appel à acheter juif et à boycotter les magasins arabes. La Histadrout a créé les banques (Leumi, Hapoalim), la compagnie de navigation (Zim), la compagnie des eaux (Mekorot), la compagnie de travaux publics (Solel Boneh), la compagnie de bus (Egged), l’armée (la Haganah). Et l’Agence Juive a vite eu le monopole de l’installation des nouveaux immigrants.

L’impérialisme a favorisé le sionisme. Les accords Sykes-Picot (1916) ont partagé la région entre les empires britannique et français et ont tracé les frontières. Le mandat britannique a permis l’apparition d’un proto-État. Le premier haut commissaire britannique, Herbert Samuel, était sioniste. Cette complicité entre le sionisme et le colonisateur a duré jusqu’en 1939. Donc, non, Israël n’est pas une réponse à Auschwitz. Le « transfert » des Palestiniens hors de Palestine était prévu depuis des décennies.

La montée du nazisme. 

Toutes les idéologies ont manqué de clairvoyance au moment de la montée du nazisme. Le sionisme ne fait pas exception. En 1933, l’Agence Juive signe les accords de Haavara (= transfert) avec les Nazis. Cet accord permet à des Juifs allemands ou autrichiens de partir en Palestine. Mais il y a d’importantes compensations qui permettront aux produits allemands d’être massivement vendus en Palestine. Et cet accord a brisé tout boycott contre Hitler.

Dès les années 1920, il existe un courant d’extrême droite dans le sionisme qui s’intitule « révisionniste ». Le fondateur de ce courant, Jabotinsky avait pour secrétaire le père de Nétanyahou. Les révisionnistes admiraient le régime fasciste de Mussolini. Leur radio était à Civitavecchia. Leur organisation armée, le Bétar, s’entraînait en Italie.

Les révisionnistes donneront naissance à des groupes terroristes, l’Irgoun de Menahem Begin et le Lehi (ou groupe Stern) d’Yitzhak Shamir. Ce dernier assassinera des dignitaires britanniques alors que l’extermination des Juifs battait son plein en Europe. En 1940, le groupe Stern distribuera un tract à Tel-Aviv affirmant que le sort des Juifs du ghetto de Varsovie est bien plus enviable que celui de ceux qui subissent le joug britannique.

Il y a eu une résistance juive au nazisme, mais les sionistes n’y ont joué qu’un rôle secondaire.

Beaucoup de réfugiés juifs sont arrivés à cette époque en Palestine faute d’autres possibilités. Ils ne désiraient en général pas le nettoyage ethnique à venir. Un vote de 1944 donne 45 % des voix pour la création d’un État binational. Mais le sionisme avait programmé depuis longtemps l’expulsion de la population autochtone.

Quant aux rescapés arrivant en Palestine après le génocide, ils seront très mal accueillis, accusés de ne pas s’être révoltés.

La conscience nationale palestinienne et la guerre de 1948. 

La Palestine est une société plurielle. Pendant plus d’un millénaire, il y a eu sur ce territoire environ 80 % de musulmans, 15 % de chrétiens et une petite minorité juive qui ont vécu ensemble en bonne intelligence. Les Juifs palestiniens ont été hostiles au sionisme et le premier assassinat politique contre un Juif commis par les sionistes frappera l’un d’eux, Jacob de Haan, qui dénonçait la déclaration Balfour (1924).

Les Palestiniens réagiront dès 1920 en constatant l’accaparement des terres et la construction d’un État qui les exclut. La grande révolte palestinienne de 1936 sera réprimée avec une grande violence (12.000 morts) conjointement par l’armée britannique et les milices sionistes.

En 1948, la communauté internationale a fait payer les Palestiniens pour un crime européen, l’antisémitisme et le génocide. Il y a eu consensus entre l’Occident et Staline. Le PC palestinien était à la fois palestinien et juif et il était puissant. Sur ordre de Staline, il s’est rallié à la partition, a perdu une partie de ses membres et n’a pas pu jouer de rôle pour empêcher la guerre.

Lors du débat à l’ONU sur la partition, plusieurs votes ont été achetés.  Le Haut Comité Arabe a déposé une motion pour un État où tout le monde aurait les mêmes droits et qui serait ouvert aux réfugiés juifs. Ce plan a été enterré (Elias Sanbar en parle dans le film « Le Char et l’Olivier »).

Le nettoyage ethnique était prémédité et ce sont des généraux réputés « de gauche » (Yitzhak Rabin, Ygal Allon) qui l’ont perpétré. Le déséquilibre des forces était évident. Les États arabes entrés en guerre le 15 mai 1948, mal armés et pas du tout coordonnés, se battaient pour leurs propres intérêts et pas pour la Palestine.

1948, c’est le crime fondateur. Il a été parachevé avec l’effacement des traces de la Palestine,  plusieurs centaines de  villages détruits, l’interdiction du  retour des réfugiés malgré la Résolution 194 de l’ONU et la création de l’UNRWA, une institution qui devait être provisoire en attendant le retour des réfugiés.

Le mythe de la gauche sioniste. 

Jusqu’en 1977, c’est l’aile social-démocrate qui est majoritaire dans le sionisme. Ces « socialistes » étaient profondément colonialistes et, à l’instar de Golda Meir, rejetaient même l’idée de l’existence du peuple palestinien. Ils parlaient d’Arabes et les ont toujours considérés comme des intrus.

Les kibboutz, tant célébrés, ont été essentiellement des instruments de conquêtes. Ils étaient interdits aux Palestiniens.

Il n’y a pas un seul crime contre le peuple palestinien dans lequel cette « gauche » n’ait pas trempé.

En 1948, cette « gauche » a planifié et réalisé l’expulsion violente ; pour eux un État juif ne pouvait pas avoir un nombre conséquent de non Juifs.

Les Palestiniens de 48 (ceux qui ont échappé à l’expulsion) ont été d’entrée des sous-citoyens soumis au couvre-feu, à des discriminations, à la confiscation de leurs terres et même à des massacres (Kafr Kassem, 1956).

L’ouverture des archives a confirmé que la guerre de 1967 (dite des 6 jours) était préméditée. C’est un dirigeant « de gauche » (Ygal Allon) qui a initié, dès la fin de la guerre, la colonisation en offrant des sommes considérables aux sionistes religieux pour qu’ils installent des colonies.

Plus tard, des travaillistes joueront un rôle majeur dans la construction du mur qui balafre la Cisjordanie (Fouad Ben Elizer), l’agression contre le Liban (Amir Peretz) ou l’opération Plomb Durci contre Gaza (Ehud Barak).

Il ne faut pas avoir la moindre illusion sur Oslo. Le but de Rabin, c’était d’assurer la séparation en restant dominant. Pendant les deux ans qui séparent la signature des accords de son assassinat, il installe 60.000 nouveaux colons.

Il n’y a pas de « sionisme à visage humain ». Le sionisme, c’est l’apartheid et il n’y aura pas de paix juste avec lui.

La montée du fascisme 

C’est l’historien israélien Zeev Sternhell, récemment décédé, qui a comparé ce qui est à l’oeuvre en Israël avec l’Allemagne des années 30.

Les intégristes religieux pour qui « Dieu a donné cette terre au peuple juif » multiplient les agressions, ils sont protégés par la loi et les soldats. Les colons représentent désormais 12 % de la population juive israélienne. Les colonies encerclent les villes et les villages palestiniens.

Le racisme est assumé. La loi Israël Etat-Nation du peuple juif institutionnalise l’inégalité des individus selon leur origine ou leur identité.  L’extrême droite a su capter le vote des Juifs dominés (mizrahim = juifs orientaux, séfarades = descendants des Juifs chassés d’Espagne).

Les crimes réitérés commis par les colons ou l’armée ne sont jamais punis.

Le langage raciste et les appels au meurtre se sont totalement libérés : la ministre Ayelet Shaked a appelé à tuer les mères palestiniennes pour qu’elles n’enfantent plus de « serpents ». Nétanyahou verse dans le révisionnisme : « Hitler ne voulait pas tuer les Juifs, c’est le grand Mufti de Jérusalem qui lui a soufflé l’idée ». L’alliance d’Israël avec l’extrême droite mondiale raciste (y compris les antisémites comme Orban ou les Chrétiens sionistes) n’est plus dissimulée. L’emprisonnement massif des Palestiniens s’est généralisé : 850.000 ont connu la prison depuis 1967. Ayons une pensée pour Georges Ibrahim Abdallah, prisonnier politique délocalisé en France, en prison depuis 37 ans.

La communauté internationale. 

Pourquoi une telle complicité ? Parce que, pour les maîtres de ce monde, Israël est LEUR État. C’est un exemple (réussi) de reconquête coloniale, c’est l’élève modèle de la « guerre du bien contre le mal » chère à l’ancien président Bush. Israël contrôle la région avec la complicité des féodaux et des dictateurs arabes. Ce pays donne l’exemple de la surveillance ou du contrôle des populations réputées dangereuses et celui d’une politique sécuritaire extrême : emprisonnement massif, check-points, mur de séparation, blocus … Il a une économie de start-up avec des technologies de pointes. Le film anticolonialiste israélien The Lab montre comment les polices et les armées du monde entier viennent se former en Israël.

Dans cette guerre, l’ONU a violé en permanence le droit international : la partition était illégale. La résolution 194 a été sciemment non appliquée, et malgré cela, Israël a été été admis à l’ONU avec un mensonge flagrant affirmant que ce pays respectait les principes de la charte de l’ONU. La résolution 242 sur l’évacuation des territoires occupés a été ignorée et il n’y a pas eu de sanctions. La Cour Pénale Internationale a condamné la construction du Mur. Il n’y a eu aucune sanction et le Mur s’est agrandi en permanence. Par contre, avec le blocus de Gaza, toute la « communauté internationale » a sanctionné les Palestiniens accusés d’avoir « mal » voté.

Le mythe du « processus de paix » et de la « solution à deux États ».

Les accords d’Oslo ne prévoyaient rien de précis sur un futur État palestinien ou sur le démantèlement des colonies. Du coup, la colonisation n’a jamais cessé de s’étendre. Quand on prône deux États, Pourquoi 22 % pour les Palestiniens et 78 % pour les Israéliens alors que les deux populations sont sensiblement égales ? La seule chose concrète signée à Oslo a été la création d’une Autorité Palestinienne chargée d’assurer la sécurité de l’occupant et devenue de plus en plus une coquille vide qui collabore. La division palestinienne qui a découlé de ces accords est une grande victoire de l’occupant. Aujourd’hui, deux États, ce n’est ni possible, ni souhaitable.

L’instrumentalisation de l’antisémitisme. 

C’est la principale arme des sionistes pour essayer d’empêcher qu’Israël ne soit délégitimé. Toutes les armes sont utilisées. Les Palestiniens et leurs soutiens sont accusés de poursuivre l’oeuvre d’Hitler. Les dirigeants internationaux qui récusent la diabolisation de la Palestine sont très durement attaqués. C’est ainsi que Jeremy Corbyn a été (faussement) accusé d’être antisémite. Le grand rabbin de Grande-Bretagne a appelé à voter contre lui et cette campagne a contribué à la défaite de Corbyn.

Partout, les défenseurs du sionisme assimilent l’antisionisme ou le BDS à l’antisémitisme. Et ils multiplient les procès pour intimider et faire taire ceux qui défendent les droits des Palestiniens.

Il y a quelque chose d’obscène dans cette campagne quand on sait qu’elle émane de gens qui ne dissimulent même plus leur racisme. Le dirigeant du CRIF est un ancien du Bétar, ce groupe violent allié de l’extrême droite et l’ancien numéro 2 du CRIF a déclaré : « oui il y a des colonies de peuplement. Pas en Judée-Samarie où les Juifs sont chez eux mais dans le 9-3 ».

Face à cette campagne, il faut saluer l’importance des anticolonialistes israéliens. Même peu nombreux, leurs actions courageuses montrent qu’on peut être juif ou israélien et refuser l’apartheid et l’écrasement d’un peuple. Je les compare souvent aux porteurs de valises français pendant la guerre d’Algérie.

Les perspectives. 

Les Palestiniens disent souvent : « cette guerre est née chez vous avec l’antisémitisme européen et pas chez nous ».

Une  solution juste repose sur deux conditions.

— D’abord la capacité des Palestiniens à continuer de faire société. Il y a en Palestine une multiplicité de petites associations (associations de quartiers, de femmes, prise en charge des enfants en dehors de l’école …) ou grandes (associations des droits de l’homme, syndicats, associations de producteurs …). Cette organisation maintient le lien social. Les Palestiniens manifestent une grande obstination à produire coûte que coûte, à reconstruire après les destructions, à défendre leurs maisons. Ils résistent à la fragmentation.

— L’autre condition, c’est la capacité du mouvement de solidarité à imposer à nos gouvernements complices de sanctionner cet État voyou.

L’appel au BDS (lancé en 2005 par 172 associations palestiniennes) qui exige l’application du droit international est le principal outil. Bien sûr, il ne mettra pas à genou l’économie israélienne. Mais il peut délégitimer Israël comme un autre boycott a délégitimé autrefois l’Afrique du Sud de l’apartheid. Il a certes des limites, notamment en France où il n’y a pas de culture du boycott. Mais il a déjà recentré de grands succès en poussant des institutions à désinvestir d’Israël. Et il provoque une véritable panique en Israël. Le BDS, c’est indispensable, on n’a jamais vu des privilégiés accepter de renoncer à leurs privilèges s’ils n’y sont pas poussés.

Le débat un État/deux États. 

Toutes les solutions à cette guerre sont aujourd’hui irréalistes.

Deux États, c’est impossible, vue l’ampleur de la colonisation, et ce n’est pas souhaitable. Ça oublie la question centrale des réfugiés palestiniens.

Un seul Etat laïque et démocratique, c’est à coup sûr la solution la plus juste mais il n’y a pas aujourd’hui de rapport de force pour y parvenir. Il faudrait convaincre une fraction importante de la société israélienne que « vivre ensemble dans l’égalité des droits » (donc rompre avec le sionisme et l’État juif), c’est éviter à terme « les Juifs à mer ». On en est loin. Et cela ne peut survenir que si la société israélienne est sanctionnée pour ce qui est infligé aux Palestiniens.

Enfin la solution sioniste (expulser les Palestiniens ou les enfermer dans leurs réserves) n’aboutira pas. La dernière guerre a montré que la Palestine résiste et résistera. « Un peuple debout«  titrait Le Monde Diplomatique.

A nous d’imposer la justice et le droit.

Source : UJFP
https://ujfp.org/…