Le révisionnisme, cosmétique du séparatisme. Le fantasme Tamazgha contre l’identité algérienne et son socle numide. Par Mohamed Bouhamidi. (vidéo)

  Jean-Pierre Lledo. Kabyles solidaires de Sarah Halimi... et d'Israël - Tribune Juive
Le 14 septembre 2019, je publiais cette vidéo à un moment d’euphorie narcissique des berbéristes qui avaient réussi, au moins en partie, à noyer nos origines dans un ensemble supranational : Tamazgha.  Les islamistes politiques ont réalisé en partie ce même succès en noyant notre identité nationale dans une supra communauté. Identité islamiste, identité berbériste, toute comme identité arabiste sont des tentatives de dissolution de notre identité algérienne.
Dans le processus historique concret, notre identité  algérienne formellement exprimée par l’Emir Khaled en 1916 s’est formée comme synthèse des composantes sociales, culturelles, politiques de notre socle numide, repérable dans son socle géographique défini par les guerres de résistances à l’occupation romaine et abondamment documentées par ce même ennemi. Moins connue est notre interaction numide avec les phéniciens, bien plus lointaine que l’arrivée des romains.  Cette lacune est due à l’hégémonie de l’influence coloniale sur la formation de nos historiens, malgré l’appel de Mohamed Cherif Sahli à une décolonisation de l’écriture de notre histoire que toute la tradition des institutions culturelles et académiques post-Boumediene s’est évertuée à  enterrer.
L’identité algérienne s’est donc construite comme idée moderne de Nation avec son  pendant conceptuel de Peuple. Elle s’est construite comme idée puis réalité idéologique, culturelle et politique à travers les partis politiques : PPA-MTLD, UDMA, PCA, mais aussi à travers les associations qui faisaient de notre identité algérienne le référent de leur public,  associations des Ulémas, syndicats ouvriers, Unions des femmes, etc.
Du point de vue léniniste la conscience s’identifie à l’organisation, qu’elle soit nationale ou de classe et quelle que soit cette nation ou cette classe. Tout discours politique n’est effectif que par sa traduction pratique et c’est cette traduction pratique qui distingue la proclamation abstraite et inutile de la conscience réellement en œuvre. C’est donc le niveau d’organisation atteint par notre peuple qui est l’exact niveau de sa conscience nationale. A ce titre, le plus haut niveau de cette conscience s’est incarné dans le PPA-MTLD, sans amoindrir en rien la cristallisation qu’ont permise les autres mouvements politiques ou culturels. Cette conscience nationale a cependant connu une ascension et un bond extraordinaires, un bond dans la révolution et dans ses corps vivants de conception et de réalisation, en rupture avec leur père géniteur le PPA-MTLD. Ces corps vivants furent le CRUA, puis l’ALN-FLN. Dans les faits et sur le plan populaire, l’ALN a été le point le plus élevé de cette conscience en 1954 et 1962.
L’évolution ultérieure sera le produit des dynamiques souterraines  de la question : « Et qu’est-ce qu’on fait après ? On fera quoi de notre indépendance ? » La question elle-même aurait explosé l’unité des différents courants politiques autour des options : Capitalisme ? Socialisme ? Etc.
Ces dynamiques souterraines étaient présentes  pendant le phénomène de mobilisation mouvante, changeante et inégale de ce qu’on a appelé le « Hirak », empruntant une dénomination  à des sources étrangères médiatiques ou ONG, dénomination qui piégeait notre perception dans les cadres conceptuels et de propagande calibrés à leurs buts. Au cours de cet intermède entre le début mai et le mois de septembre 2019, le retrait des masses populaires, satisfaites des résultats obtenus en attendant d’autres circonstances,  a laissé le devant de la scène aux révolutionnaires colorés, qui ont amplifié à plaisir le nombre de manifestants, avec au besoin les techniques grossières des plans serrés. Le berbérisme a gagné, dans ce laps de temps, une audience nouvelle en imposant comme drapeau « culturel » la bannière créée en 1970 par Youcef Medkour, vivant alors au Canada, et adopté comme drapeau officiel par le Congrès Amazigh Mondial  en 1997, à Tafira, aux Iles Canaries. L’échec de la révolution colorée à se faire remettre les clés de l’Etat ne leur laissait plus comme chance stratégique que la Kabylie dans laquelle ils disposaient d’une base de masse juvénile prête à aller au choc. Ce qu’elle a fait  en brûlant les urnes, en fermant les écoles, en expulsant des unités de police et de gendarmerie qui se sont exécutées pour la raison limpide que tout bavure nous coûterait peut-être le prix de la Libye ou de la Syrie.
Le berbérisme né essentiellement comme idéologie antisocialiste – ce qui explique sa haine  inassouvie à l’égard de Boumediene – est le produit d’une société de petite propriété terrienne et son idéalisation romantique par les diplômés que la démocratisation de l’enseignement lui a donnés. Le berbérisme, comme l’islamisme politique et comme l’arabisme sont des productions d’intellectuels en crise d’identité sociale, parce que en crise de statut social, dans les grands moments de mutations  générées par les révolutions nationales ; mutations amplifiées chez nous, par l’enchaînement de la lutte pour la justice et l’égalité sociale sur la dynamique  de notre lutte pour la libération nationale.
En ce septembre 2019, en pleine crise de ce « Hirak » que les masses populaires avaient déserté, le berbérisme a fait feu de tout bois, dans une synergie téléguidée, pour dissoudre définitivement les retrouvailles de la mobilisation populaire qui de février à début mai 2019 avait mis en échec le premier régime néocolonial fabriqué par le président Bouteflika et les différents présidents français qui se sont succédé  de Chirac à Macron.
Tamazgaha,  néo-concept tout récemment apparu, depuis moins de dix ans, atteignait les sommets de la gloire comme découverte d’une identité imaginaire qui aurait existé entre les Iles Canaries et l’Égypte pharaonique incluse. Cette identité imaginaire, supra nationale, dissolvait bien sûr l’identité algérienne. Elle était semblable dans ses principes à ses jumeaux l’islamisme politique et l’arabisme des intellectuels.
Ces trois idéologies, concurrentes de l’identité nationale ont toutes échoué et dégénéré. L’islamisme politique a dégénéré en idéologie du commerce et de l’ « enrichissez-vous », l’arabisme en repli élitiste et le berbérisme a dégénéré en kabylisme, terme que j’ai utilisé pour la première fois, en 2004, en observant la « désarabisation » du ministère de la culture par Khalida Toumi.
Ces trois identités de destruction de notre identité nationale ne pouvaient réussir car une synthèse n’est pas une addition des éléments dont elle s’est constituée. L’opération de synthèse, même en chimie est un « travail », un processus. C’est mille fois plus vrai dans le domaine social. C’est un processus sans retour aux éléments constitutifs car le travail de sa construction en est  devenu un élément effectif, au sens hégélien. Bien sûr les maîtres-marionnettistes qui les téléguident savent tout de Hegel, de Marx, de Lénine. C’est à Lénine que la CIA a emprunté la notion de « révolutionnaires professionnels ». Elle en a créé des centaines de milliers à travers le monde, versant de l’argent à ses ONG et à ses agents, depuis les djihadistes de Syrie aux ONG dites algériennes. Ils savent donc que pour détruire l’identité nationale, il ne suffit pas de faire régresser la conscience nationale à l’un de ses éléments constitutifs selon l’histoire particulière et les penchants des régions, des cultures, des coutumes, etc. Il leur faut refaire en sens inverse le chemin qu’a réalisé notre mouvement national : donc déconstruire, détricoter le processus d’enfantement de cette identité, en inventant des mythologies culturelles et identitaires qui réactivent et réactualisent le mythe colonial des terres aux identités seulement  ethniques, donc sans peuples, donc sans nations, donc sans présence dans l’histoire comme se plaisent à le dire les Sarkozy et les Macron. Mais les déficits théoriques et conceptuels de leurs agents, qu’ils n’ont formés qu’à la propagande et au psittacisme ne doivent pas nous faire sous-estimer la force redoutable de leurs maîtres, particulièrement, et en tête les anglais, puis les sionistes et les USA.
J’ai répondu aux questions qu’on me posait en septembre 2019  sur ce mythe Tamazgha dans cette vidéo.
Je l’avais  présentée dans un texte très court :
« Sur fond d’échec du berbérisme (comme de l’islamisme politique) à se substituer à l’identité algérienne moderne reconstruite sur son vieux socle numide, des intellectuels berbéristes ont inventé le mythe d’une entité, voire d’un pays, « Tamazgha », allant du Maroc aux frontières égyptiennes, qui engloberait l’Algérie en la dissolvant. »

 

 

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2 réponses

  1. Abdou Elimam dit :

    Bonjour, Je découvre votre travail avec du retard…. J’ai beaucoup aimé votre raisonnement et je pense qu’il devra être connu et partagé – surtout par les temps qui courent. Cependant j’aurais deux petits bémols à relever:
    1. Il faut distinguer la Numidie romaine de la Numidie Berbère (146 ans en tout et pour tout).
    2. La langue qui était la plus répandue dans cette antiquité est le punique et non pas le berbère comme vous le signalez.
    Je reste disponible pour tout échange au elimabdou arobase gmail point com.
    Cordiales salutations,
    Abdou Elimam

  2. redouane semar dit :

    bonjour mohamed
    personnellement ça ne me dérange pas qu’il y ai une union des peuples de la région dans le cadre d’un projet politique républicain et démocratique , la création d’une entité qui va au delà de l’Algérie est dans le prolongement des ambitions du mouvement national , ce n’est pas une mauvaise chose . Le problème avec tamazgha et la dangerosité de ce concept c’est que cette unité est envisagée sur une base ethnique exclusive , contre les arabes et afin de dresser le maghreb contre le machrek et bien entendu se désolidariser de plus en plus du peuple palestinien (en réduisant la cause palestinienne à une cause strictement arabe)
    autrement dit les artisans qui ont fait la promotion de ce concept visent l’unification du territoire mais en en même temps la division humaine ; faire de ceux qui se considèrent arabe des étrangers (beaucoup ne cachent pas leur volonté d’un nettoyage ethnique; « vous êtes venus d’arabie , vous devez y revenir  » on entend très souvent cette phrase) .
    Sous prétexte de la récupération d’une identité et d’une culture (berbère) certain travaillent à l’hégémonie des uns sur les autres et la guerre des uns contre les autres . Le projet est une bombe de destruction massive .
    Comment répondre à cette offensive ? je crois qu’en relançant le projet de maghreb des peuples et en avançant sur ce chantier avec ceux qui le désirent , un projet d’unité qui ne soit pas en même temps un projet de division ethnique mais d’entraide de coopération et de solidarité entre les peuples .

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