L’AGRICULTURE ALGERIENNE VA-T’ELLE TRACER SON SILLON AU SAHARA ? PAR Hocine KHAITI

L’AGRICULTURE  ALGERIENNE VA-T’ELLE  TRACER SON SILLON AU SAHARA ?   PAR Hocine KHAITI

 

 

                                                                Les nouvelles perspectives ouvertes au développement de l’agriculture algérienne redessineront  la carte agricole du pays, déjà esquissée depuis plusieurs années, en déplaçant son centre de gravite au Sahara.
                                                               Cultiver le désert parait une hérésie et l’expression prend l’allure d’un oxymore ou la gageure le dispute au dubitatif.
                                                               Autrefois, lieu hostile, vide, défavorable au peuplement par ses conditions de vie rudes, le Sahara est devenu le territoire du recours, des convoitises et des phantasmes.
                                                              L’Algérie est confrontée à une question essentielle, existentielle même : comment nourrir aujourd’hui plus de quarante millions de personnes ;  demain plus de cinquante millions de personnes.
                                                             Cet impératif alimentaire est une équation insoluble, une impossibilité absolue avec les seules capacités productives agricoles du Nord du pays.
                                                             Et le recours au Sahara, qui recèle d’importantes réserves hydriques, constitue un choix obligé, une nécessité plutôt qu’une opportunité ou une option.
                                                             L’existence dans le Sud de deux grands systèmes aquifères fossiles, le Continental terminal et le Continental intercalaire, plus connu sous l’appellation de nappe albienne, ont fait naitre les possibilités d’un développement agricole saharien pour subvenir aux besoins alimentaires de la population algérienne.
                                                             Mais le recours à un développement d’ampleur de l’agriculture au Sahara ne peut être envisagé qu’en tant que mesure palliative, limitée dans le temps (entre cinq et sept décennies).
                                                             En effet, l’effondrement des économies agricoles bâties sur des eaux souterraines fossiles est inéluctable.
Il adviendra dans le temps en fonction du rythme de déplétion des ressources hydriques prélevées dans les systèmes aquifères.
                                                            Si les évaluations des ressources hydriques vont de 24 000 milliards m3 (Vernet-Savornin) a 60 000 milliards de m3 (Etude Unesco), il conviendrait de prendre ses chiffres impressionnants avec prudence dans la mesure où le taux d’exploitation des aquifères n’est pas estimé (1\10e ?  1\100e ? 1\1000e ?).
                                                            Concomitamment à l’expansion de l’agriculture saharienne, une politique vigoureuse de décroissance démographique, impératif catégorique, est exigée pour une mise en adéquation de la population et des potentialités d’une production agricole durable sans effets dévastateurs sur l’environnement.
                                                            Dans ce contexte, une chose est certaine :  hors l’agriculture oasienne, apanage des petits et moyens agriculture, l’Etat doit prendre les commandes, par des sociétés publiques nationales et régionales, de la création d’agropoles ou d’agro-combinats, associant agriculture et industrie de transformation afin de ne pas laisser le champ libre a un agribusiness privé avide de profits sinon on assistera a une dilapidation des ressources hydriques et à des dégâts environnementaux.

Agriculture : l'Office de l'agriculture saharienne renforcera l'investissement dans les produits stratégiques

LE SAHARA : PHANTASMES ET MIRAGES

                                                            L’opinion publique, insoutenable légèreté  de la société, s’exalte en chevauchant trois chimères lui projetant visions phantasmées et mirages du Sahara.
                                                            La première le considère comme un Eldorado agricole une  gigantesque corne d’abondance déversant à profusion ses produits sur le pays et sur les marchés extérieurs ; les surplus de production seront exportés sur la planète Mars, les martiens n’ayant pas encore développe leur agriculture.
                                                            La seconde le prend pour un Eldorado minéral, un vaste tableau de Mendeleïev (qui recense et classe tous les éléments chimiques selon leur numéro atomique) regorgeant de métaux précieux et de toutes sortes de  minerais : il suffirait de creuser le sable avec les mains pour trouver de l’or des diamants, des terres rares, du cuivre, du lithium, du titane, du niobium, de l’uranium irradiant partout, etc…  Toutes ces fabuleuses richesses permettraient à l’Algérie d’acheter les États-Unis pour en faire sa 59e wilaya.
                                                            La troisième le représente, propagande Desertec aidant, comme un immense réacteur solaire qui fournirait de l’énergie électrique non seulement à l’Algérie, mais aussi à toute l’Europe et même à la Lune qui serait ainsi illuminée toutes les nuits.
                                                            Ajoutons, à la tête de l’attelage, une quatrième chimère. Celle-ci, placée sous l’égide du roi Midas  (roi mythologique grec qui transformait en or tout ce qu’il touchait) et alimenté par des démagogues de tout bord, de tout acabit, des apprentis sorciers, des cyniques propagateurs d’illusions manipulatoires, des détenteurs de la pensée omnisciente et des solutions magiques, présente l’Algérie, en dépit d’un minuscule et misérable P.I.B ( Produit Intérieur Brut : somme des revenus produits par l’économie d’un pays au cours d’une année) comme un pays très riche ou les milliards de dollars, les milliards d’euros pleuvent à foison grâce au pétrole.
                                                            Ces bulles d’illusions, d’irréalisme, se nourrissent de l’hubris ; syndrome de la démesure, de l’enflure, de la fatuité arrogante, de la cupidité, du déni hystérique des réalités économiques, des contraintes géographiques, des handicaps naturels, des sujétions climatiques.
                                                            Tous ces phantasmes montrent le degré de prégnance d’une mentalité des rentiers et parité oblige, des rentières ainsi qu’un comportement relevant du parasitisme social qui sévissent dans la société algérienne, particulièrement chez une grande partie des classes moyennes n’épargnant pas certaines « élites » en frustration de pouvoir et de richesses matérielles.

Agriculture saharienne : Eldorado ou « Californie» algérienne

LE SAHARA, L’EAU ET UN PEU D’HISTOIRE.

 
                                                            Le désert  est synonyme de rareté de l’eau, molécule vitale et féconde.
                                                            Au Sahara, c’est autour des points d’eau, les oasis, que la vie s’est organisée grâce au précieux liquide qu’il fallait détecter, capter et utiliser pour irriguer les plantations de palmiers dattiers et les cultures de subsistance.
                                                            Les sociétés oasiennes, variante des « sociétés hydrauliques » pratiquent deux principales techniques d’irrigation adaptées aux milieux hyperarides dépourvues d’eaux de surface en utilisant les « eaux cachées », c’est-à-dire les eaux souterraines,  selon l’expression d’un ouvrage arabe d’hydrologie du XIème siècle (inbet almyah al khafya) : la foggara et le ghout .
                                                            La foggara, mot d’origine arabe « mfadjra » qualifiant une terre creusée, éventrée, est une galerie souterraine, horizontale qui draine, par gravité, l’eau captée d’une nappe phréatique, d’une source, d’un oued, de crues vers les zones cultivées des oasis.
                                                            Les galeries souterraines drainantes sont connues sous le nom de quanat en Iran, de faldj a Oman, de sahridj au Yémen, de khettara au Maroc, de kriga en Tunisie.
                                                            La technique des foggaras au Sahara, attestée entre le Xe siècle et le XIème siècle, aurait été introduite selon certains auteurs, d’Iran par les Barmaka, descendants des Barmécides perses installés au IXème dans le Touat.
                                                            Il est beaucoup plus vraisemblable que le procédé d’irrigation provienne d’Oman et du Yémen qu’une similitude d’appellation, faldj el aÏni (faldj de source) à Oman et foggarat el ain en Algérie, pourrait corroborer.
Un mode similaire de captage des eaux d’oueds et de crues existe entre le faldj ghaÏli omanais et les foggaras du Mzab.
La filiation ibadite du Mzab avec Oman, historiquement établie, renforce la thèse d’une diffusion de la foggara à partir de ca pays.
                                                            Le ghout (entonnoir) est un système hydro-agricole spécifique à la région d’Oued-Souf ou il est apparu au XVème siècle.
C’est un cratère excavé dans le sable d’une profondeur de dix mètres environ et d’un diamètre pouvant atteindre exceptionnellement 200 mètres.
 A prés de deux mètres de la nappe phréatique, le creusement cesse ; le fond du cratère est alors planté de palmiers dattiers qui puiseront l’eau par leurs propres racines sans apport d’irrigation par intervention humaine.
Le creusement d’un ghout exigeait un travail colossal effectué de main d’homme avec une simple houe limitant, de ce fait, sa superficie qui n’excédait pas 0,5 ha.
                                                            Transformer le désert, espace minéral, en un jardin fertile a toujours été une obsession pour les hommes.
                                                            Rendre le Sahara utile et vert a nourri les projets les plus utopiques.
                                                            Au début des années 1990, le responsable d’un micro-parti avait proposé la création d’une mer intérieure au Sahara, exhumant et reprenant à son compte une idée émise en 1874 par un officier géodésien français Elie Roudaire en mission dans la région de Biskra qui considérait avec d’autres savants coloniaux que le chott El-Melghir était un vestige d’une mer saharienne et qu’il était relié a la Méditerranée par le chott tunisien Djerid.
                                                            Elie Roudaire s’associa à Ferdinand de Lesseps promoteur de la construction du canal de Suez pour étudier la réalisation de la mer intérieure au Sahara.
                                                            Ferdinand de Lesseps sollicitera même l’aide, qui lui fut accordée, de l’Emir Abdelkader.
                                                            Ce projet n’eut pas de suite après le refus du gouvernement français de l’époque mais connut une vie fonctionnelle dans le roman  « L’invasion de la mer » de Jules Verne.
                                                            Dans les années 1960, des docteurs Folamour avaient suggéré un creusement a coups de bombes atomiques a partir de l’Isthme de Gabés jusqu’aux chotts algériens, permettant a l’eau de la Méditerranée de pénétrer loin dans les terres et de constituer une mer permanente.
Heureusement, cette effrayante proposition n’était qu’une billevesée, vite effacée.

 

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DEVELOPPEMENT DE L’AGRICULTURE SAHARIENNE : DEBATS ET CONTROVERSES

 

                                                            Le développement de l’agriculture saharienne ne peut que susciter débats, controverses, interrogations légitimes, enthousiasme chez les uns, inquiétude pour d’autres.
                                                            Trois grandes tendances s’affirment et s’affrontent sur l’avenir du Sahara agricole.
                                                            Les partisans de la conservation du système oasien insistent sur le maintien des techniques traditionnelles qui, par une gestion parcimonieuse de l’eau et des autres ressources naturelles, préservent un environnement fragile.
                                                            Les tenants d’un développement agricole saharien soulignent que les anciennes techniques ne peuvent mobiliser, au prix d’efforts titanesques, que des volumes restreints d’eau d’irrigation limitant les zones cultivées à quelques arpents.
Ils relèvent l’incapacité de l’actuel système oasien à assurer les besoins alimentaires d’une population locale en grande croissance démographique.
                                                           Les adeptes de la troisième tendance préconisent un système hybride alliant les savoirs traditionnels et les techniques modernes.
                                                           Les interviews accordées par Omar Bessaoud économiste spécialisé en questions agricoles à deux journaux privés, d’obédience néolibérale, constituent le point d’orgue de ces débats.
                                                           Si certains arguments avancés par l’économiste pour la défense de l’ancien système oasien ne manquent ni d’esprit ni de pertinence, sa démarche procède d’une vision « orientaliste » au sens que lui donne l’intellectuel palestinien Edward Saïd, on peut même adapter la notion d’orientalisme d’Edward Saïd à notre cas en la définissant comme une soumission au regard occidental consacrant, mais aliénant, qui voudrait nous imposer sa propre grammaire du développement durable sans prendre en compte une dimension de singularité dans les enjeux algériens ( politiques, économiques, démographiques, écologiques, sécurité alimentaire ).
                                                           La référence au philosophe latin Sénèque pour appuyer un retour au passé oasien ne semble pas la plus appropriée : le retour au passé revire toujours par une volte en retour vers le futur.
                                                           Par contre, la célèbre formule «  Pour commander à la nature, il faut apprendre à la connaitre en lui obéissant » du philosophe anglais Francis Bacon (1561-1626) répondrait mieux au questionnement de l’agriculture saharienne.
                                                          L’ingénierie institutionnelle mise en place pour accompagner le développement de l’agriculture saharienne peut prêter a discussion mais l’essentiel n’est pas la.
                                                          Certes, il faut éviter que les structures concernées se bureaucratisent, devenant, au fil du temps, lourdes, tournant à vide et décriées pour leur incompétence.
                                                          On peut espérer que le nouvel Office de Développement de l’Agriculture industrielle en terres Sahariennes (ODAS) doté d’un acronyme résolu favoriserait l’intersectionnalité des différentes entités dédiées à l’agriculture saharienne.
                                                          Toutefois, il serait judicieux d’adjoindre au dispositif mis en place, un institut de Biodiversité et Génétique qui prendrait en charge un intéressant patrimoine génétique végétal et animal existant dans les zones sahariennes (blés, orges, millets oasiens par exemple).
                                                          En ce qui concerne l’ANRH (Agence Nationale des Ressources Hydrauliques) sa mission doit se limiter a sa vocation : détecter, inventorier, contrôler, suivre l’évolution des ressources hydrauliques, surveiller les mésusages et le gaspillage des réserves hydriques, réaliser des études, mettre en place des stations de mesures piézométriques. Cela suffit amplement à sa peine. Il n’appartient pas a l’ANRH d’empiéter, en s’emballant trop sur les activités des autres structures.
                                                          L’échec des expériences des périmètres d’Abadla et de Gassi Touil est toujours brandi par ceux qui pensent que le développement d’une agriculture saharienne avec des techniques Modernes ne connaitra que déconvenues et insuccès.
                                                          Or, les deux expériences ne sont pas identiques. Elaborés par des sociétés américaines, les deux projets sont différents dans leur conception et leur lieu de réalisation.
Les lier dans une gémellité est contraire aux caractéristiques et aux éléments  constitutifs de la « biographie » de chaque projet.
                                                              Le périmètre d’Abadla est irrigué avec les eaux de barrage de Djorf Torba alimenté par l’oued Guir, donc des eaux de surfaces.
                                                             Le périmètre de Gassi-Touil est irrigué à partir de profonds forages dans la nappe albienne (eaux chaudes a 57°C, fortement minéralisées) et dans la nappe du miopliocéne (moins profonde, moins chaude, moins salée).
                                                          A Abadla, l’organisation technique du travail mise en place sur le périmètre ne correspondait pas à l’organisation sociale des habitants de la région. De plus une grande partie de l’eau du barrage a été déviée pour la consommation des habitants des villes de Béchar et de Kenadsa au détriment de l’irrigation du périmètre.
                                                          A Gassi-Touil, la non-maitrise technique devant des problèmes d’une très grande complexité nous rappellent, tout en réitérant que technologie n’est pas magie, que les savoirs et les compétences de haut niveau nous font cruellement défaut.
                                                          Ce ne sont pas les seules, mais les plus rédhibitoires des causes de l’échec des expériences dans les deux régions.
                                                          Peut-on vraiment parler d’échec ? Ne seraient-ce pas plutôt de cuisantes déceptions inaugurales d’un long processus, que n’épuiserait pas une seule échéance événementielle, encore mal maitrisé par les techniciens et de la mise en place d’un cadre de production totalement nouveau pour les populations sahariennes.
                                                          Il serait intéressant de réaliser des « analyses de sensibilité » qui mesureraient l’influence et l’impact des différents facteurs et paramètres dans les résultats des projets agricoles sahariens.
                                                          En Arabie « saoudite », cas cité pour renforcer la démonstration de l’échec des projets,  le net ralentissement de l’expérience du développement agricole s’explique, non par des problèmes techniques insurmontables ou une crise écologique aigue, mais par la menace d’assèchement d’une partie des ressources hydriques et par le cout énergétique devenu exorbitant.
                                                          Les propositions de cultures pour le Sahara et aussi pour le Nord du pays abondent de tous les côtés. Certaines prêtent à rire.
Chacun avance sa préférée, qui la culture de caroubier, qui la culture du henné, qui la production de la tomate séchée, qui la culture de l’agave, qui la culture du nopal (figuier de barbarie) etc… Et pourquoi pas la culture de l’oseille (sic !).
                                                          Ces offres de cultures ne sont que des redites d’une réalité déjà existante.
La culture du henné est pratiquée dans les oasis depuis des siècles.
La tomate séchée, ingrédient apprécié dans l’art culinaire des populations du Sud, est produite, depuis fort longtemps, en employant les conditions naturelles de séchage.
Ces cultures ne peuvent être qu’interstitielles. L’Algérie a besoin d’une agriculture de base principalement composée de : céréales, légumes secs, pomme de terre, fourrages, culture oléagineuses, cultures sucrières. C’est avec ces cultures qu’elle assurera sa securite et sa souveraineté alimentaires.
                                                          Par ailleurs, une éducation alimentaire doit être menée auprès des populations, en ciblant surtout les enfants, à l’école, à la télévision et sur internet pour mettre fin à une effarante gabegie. L’Algérie importe plus du double de ses besoins en blé, sucre et huile !
                                                          L’amenuisement des ressources financières du pays réduiront, à terme, les importations de denrées alimentaires, qui couteront de plus en plus chères et seront de moins en moins disponibles sur le marché international. Le réchauffement climatique et l’augmentation de la population mondiale annoncent d’ores et déjà une crise alimentaire au niveau de la planète.
                                                          S’il est dit que des produits agricoles seront accessibles auprès des pays amis de l’Algérie, on peut, à juste titre, s’interroger si l’Algérie est toujours amie de ces pays amis. Pour preuve, l’oligarquaillon compradore, baron monopoliste du sucre et de l’huile en Algérie n’achète pas un gramme de sucre à Cuba.
Aimantée par le mythe de l’Eldorado californien, la comparaison du Sahara avec la Californie est, effectivement, fautive. Les contextes géologiques et climatiques des deux régions sont dissemblables.
                                                          Etablir un parallèle entre le Sahara et l’Arizona, flanqué de son désert de Sonora, serait plus éloquent situé dans la sunbelt, l’Arizona, maitrisant, autant que faire ce peut, les problèmes de pollution et de salinisation, a développé une importante agriculture (céréales et fourrages).
Les « crops circles », cultures en cercles de très grandes superficies, ont fait l’originalité et la renommée de l’Arizona. Ils sont irrigués par de gigantesques rampes-pivots puisant l’eau dans des nappes souterraines et dans des retenues sur le cours d’eau Gila à l’étiage déclinant.
C’est l’Arizona qui a servi de modèle de développement agricole dans le désert de l’Arabie « saoudite », aux Emirats Arabes Unis et au projet de Gassi Touil.
                                                          L’avenir de l’agriculture saharienne ne réside nullement dans le seul modèle oasien traditionnel ou réaménagé qu’on présente truffé de vertus et d’efficacité.
Un système d’oasis sanctuarisées, disséminées comme des confettis dans l’immensité désertique, vivant en quasi-autarcie, relève du mode « survival ».
                                                          Les oasis ne sont pas une espaces de pleine naturalité, régies par des principes naturels, mais des artefacts crées par l’homme contre un environnement hostile à l’implantation humaine.
Nombre d’entre elles n’étaient que des relais pour les caravaniers qui commerçaient avec l’Afrique sub-saharienne et le Soudan.
A l’extinction de ce commerce lointain, la pluparts des oasis se sont retrouvées encore plus isolées, vivant misérablement d’une agriculture de subsistance.
                                                          Il sera extrêmement difficile de convaincre les oasiens, surtout les jeunes de reprendre ou de continuer à vivre et à travailler dans ce milieu.
                                                          A cet égard, il est édifiant de constater que ceux qui ont installé leurs enfants dans des grandes villes françaises ou canadiennes enjoignent aux enfants des paysans sahariens de se mobiliser pour vivre et travailler en reclus dans les oasis.
                                                          Plus tard, vivre et travailler dans une oasis sera un choix de vie écologique.
                                                          La société paysanne oasienne, collectivité millénaire se transformera à l’instar de toutes les sociétés.
La conversion du paysan en producteur agricole ratifiera le passage d’un état d’assignation par la naissance à un métier d’agriculteur voulu, choisi.
                                                          En tout état de cause, les mutations socio-économique successives qu’a connu le monde paysan (révolution agraire, accession à la propriété foncière agricole, programme national de développement agricole) ont engendré de nouveaux comportements des paysans oasiens et des agriculteurs sahariens qui utilisent les techniques modernes.
Par exemple, les foggaras « mortes », asséchées ou à faible débit ont été revivifiées en les alimentant en eau par des forages et des motopompes.
Les agriculteurs du Souf creusent et entretiennent les ghouts au moyen de bulldozers et de pelleteuses.
Les cultures de pomme de terre d’Oued Souf sont irriguées par des rampes pivots fabriquées par d’ingénieux artisans locaux.
L’utilisation du numérique a éveillé de nouvelles vocations agricoles chez les jeunes à Biskra, El-Oued, Adrar, Ouargla.
Ces jeunes se sont engagés en agriculture sur un mode disruptif du système oasien traditionnel.
Attirés par une agriculture devenue lucrative, aiguillonnés par le profit, motivé par une ascension sociale, les jeunes agriculteurs initient un bouleversement dans le monde oasien.
                                                          En ce qui concerne les techniques d’irrigation, la qualité des eaux, surtout celles de l’albienne (chaudes, fortement minéralisées) les rendent difficultueuses.
Il est très peu probable que de nouvelles foggaras soient construites. L’édification d’une foggara exige, en plus de sa dangerosité, plusieurs années de travaux un coût financier exorbitant.
De nouvelles installations de ghouts, même avec des engins lourds (bulldozer, pelleteuse), seront très rares.
                                                          Il reste les équipements d’irrigation : rampes pivots, rampes frontales, goutte à goutte.
La rampe pivot, malgré quelques inconvénients, reste le dispositif d’irrigation le plus approprié en régions arides, sur de grandes superficies.
La rampe frontale, avec quelques modifications des pendilards, tubes de descente de l’eau jusqu’au niveau de la seguia, est également indiquée dans les régions sahariennes.
Le goutte-à-goutte est, par contre, totalement contre-indiqué pour la culture des palmiers : la distribution lentissime et le faible débit des goutteurs ne peuvent assouvir les énormes besoins hydriques des palmiers. Les bubblers et l’irrigation à la raie seront recommandés.
La rampe pivot et la rampe frontale connaitront surement des problèmes d’entartrage.
L’incrustation ou entartrage est due à une instabilité des bicarbonates solubles qui s’insolubilisent en carbonates. C’est le calcium en taux important dans les eaux qui provoque la précipitation des carbonates de calcium.
La corrosion est aggravée par le taux élevé du chlore et les eaux chaudes de la nappe albienne.
                                                          Le tryptique agriculture-eau-énergie constitue un véritable nexus où s’entre-connectent dans une forte liaison les trois éléments.
Toute augmentation des surfaces cultivées entrainera une plus forte consommation d’eaux d’irrigation et des pompages de plus en plus profonds qui provoquera à son tour une forte demande d’énergie et une hausse des coûts d’extraction.
                                                          Le développement de l’agriculture saharienne sera confronté à la sévérité d’un milieu physique et des conditions agronomiques : pluies extrêmement rares, hautes températures, pouvoir évaporant de l’air très élevé, eaux d’irrigation minéralisées chaudes dans certaines zones, sols très peu fertiles, vents de sable.
Toute erreur sera amplifiée par un écosystème fragile.
Les mises en garde d’un désastre écologique provoqué par une agriculture saharienne doivent être prises en compte.
Néanmoins le véritable désastre écologique qui menace le Sahara n’est pas l’agriculture mais sa dense métropolisation et la croissance démographique.
On ne peut que s’inquiéter de la viabilité de ces grandes villes à plusieurs centaines de milliers d’habitants (Ouargla, Adrar, Oued Souf, Béchar, Tamanrasset).
Aux populations sahariennes d’en prendre conscience.

 

AGRICULTURE SAHARIENNE: Contribution de 21,6 % dans la production agricole nationale – Tribune des Lecteurs

POUR UN DEVELEPPOMENT MAITRISE DE L’AGRICULTURE SAHARIENNE

                                                          Sans adhérer à l’école des physiocrates de  François Quesnay (1694-1774) qui tenait l’agriculture comme la seule activité réellement productive et qualifiait l’industrie et le commerce d’activités stériles, il y a Lieu d’insister sur le rôle stratégique de l’agriculture, véritable « richesse des nations », dans l’économie nationale.
                                                          Le renforcement de l’industrie de transformation, prolongement et complément d’une agriculture pourvoyeuse de produits agricoles affermira un degré d’auto-suffisance alimentaire suffisant pour atténuer les effets d’une crise mondiale qui profile.
                                                          Plusieurs causes convergent pour porter une crise alimentaire imminente qui touche déjà les pays les plus pauvres de la planète.
D’abord, la croissance démographique, encore loin de s’inverser, appelle des demandes alimentaires supplémentaires.
Parallèlement, une demande accrue émane de pays devenus puissances économiques (Chine, Inde, Brésil) où le niveau de vie a rapidement augmenté.
Ensuite, les surfaces cultives se réduisent en raison d’une urbanisation envahissante et la réalisation d’infrastructures géantes (autoroutes, aéroports, centres commerciaux, barrages hydrauliques, etc…).
De plus, les agrocarburants fabriqués à partir de blé, de maïs, d’oléagineux, de canne à sucre accaparent d’importantes superficies destinées aux cultures vivrières.
Enfin, le réchauffement climatique fera chuter les rendements des cultures et affectera inévitablement toute la production agricole mondiale.
                                                          De ce qui précède découle une conséquence prévisible : la flambée des prix des matières premières agricoles et des denrées alimentaires.
L’augmentation des prix des produits sur es marchés extérieurs entraîne des problèmes de balance des paiements.
L’élévation des produits agricoles et des denrées signifie également une poussée inflationniste malvenue.
                                                          Située en pleine diagonale de l’aridité, l’Algérie subit, dés à présent, tous les effets négatifs du réchauffement climatique.
                                                          Comment dans ce contexte défavorable, assurer la sécurité alimentaire du pays ?
Le choix contraint, ou à tout le moins, le choix contingent  convenable pour un temps donné, de recourir à l’agriculture saharienne est une issue qui donnera temporairement au pays une marge de manœuvre.
                                                          On peut distinguer trois modèles ou orientations au sein de l’agriculture saharienne :
  • Le modèle de l’agriculture dattiére pouvant être menée en monoculture. La phoeniculture, principal atout de l’agriculture saharienne, est à renforcer, à moderniser et, variétalement, à diversifier pour éviter l’érosion génétique de l’espèce phœnix en ne plantant que la variété Deglet Nour.
  • Le modèle agro-industriel, à longévité fixée d’agropoles dans les périmètres existants ou par la création ex nihilo de grandes zones de production.
Des fermes XXL irriguées par des rampes pivots et /ou par des rampes frontales approvisionneront des  usines de transformation.
Céréales, oléagineux et plantes sucrières seront les principales cultures qui seront pratiquées.
Dans chaque groupe de cultures, le choix des espèces à cultiver fera l’objet d’études.
Pour les céréales : blé, orge, millet, maïs, sorgho sont connus et cultivés par les paysans et agriculteurs oasien.
Pour les oléagineux : le tournesol et le colza sont, en principe, à écarter ; par contre, l’arachide et le carthame (cultivé en Californie, en Inde et en Iran) sont plus indiqués.
La présence de carthamus sauvages sur les Hautes Plaines est un indice qui plaide en faveur du carthame.
Pour les plantes sucrières : la betterave sucrière, la canne à sucre, le maïs sucré.
  • Le modèle oasien traditionnel et le modèle oasien rénové : le premier est à maintenir, le second est à encourager en vue de créer des ceintures maraîchères autour des villes du Sud.
                                                          Pour conclure, on ne peut que répéter, jusqu’au ressassement, que le développement de l’agriculture saharienne doit être mesuré, maîtrisé, contrôlé avec la plus grande rigueur, notamment l’usage rationné des eaux d’irrigation.
     Hocine KHAITI. Alger.Septembre 2021

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