Le PS est mort, vive la gauche par Judith Bernard

Le PS est mort,

vive la Gauche !

Par Judith Bernard
Publié le 23 avril 2022
Mon nouveau dans le texte est en ligne ! J’ai reçu Rémi Lefèbvre, auteur de « Faut-il désespérer de la gauche ? », pour dresser un état des lieux de la gauche institutionnelle en cette heure décisive…
Mais qu’il est long, ce crépuscule ! Ce clair-obscur, comme disait l’autre, où les monstres jubilent et prolifèrent, sentant leur heure approcher. Mais mourez donc, crie en nous la voix mauvaise, celle que trop de défaites ont rendue amère, fielleuse presque – Mourez, qu’on en finisse ! Que meurent les vieillards cacochymes qui verrouillent cet infernal étau autour de nous, privant la jeunesse d’avenir et de tant de providences dont ils ont joui impunément. Voilà longtemps que nous perdons patience, longtemps que nous espérons en vain, longtemps que nous enrageons contre les amnésiques, les traitres et les inconséquents. À chaque nouveau degré descendu vers les enfers, on veut croire que ce sera le dernier, qu’on n’ira pas plus profond, que le rebond est à portée d’orteil, mais non : il faut descendre encore. Jusques à quand, seigneur ?
Au moins dans la descente, des forces nouvelles se forment et des importuns s’épuisent. Le Parti Socialiste exhale ses derniers soupirs, celui-là même qui a fourni l’armée des traîtres à la gauche : l’affaire est ancienne, qui remonte aux années 80 et vit la social-démocratie se muer en social-libéralisme, et consentir au capital une suprématie indiscutable. Le hollandisme, dernier avatar de cette fausse gauche coupable d’avoir trahi les classes populaires, aurait dû enterrer à jamais les illusions autour de ce parti qui n’avait de socialiste que le nom, mais il a fallu encore se farcir le Macron 2017, ultime créature issue de ce fond de sauce abject, cette fois « ni droite ni gauche », « pragmatique » qu’il disait.
Le macronisme réel, son autoritarisme débridé, sa gouvernance ultra-capitaliste, auront permis au moins de faire la lumière sur ces ténèbres : c’est une droite désormais tout à fait extrême (extrêmement violente, extrêmement néolibérale, extrêmement favorable à la fascisation du corps social qu’elle fracture sans relâche) qui occupe le centre du tableau.
En face, dans une opposition tout à fait explicite, radicale et déterminée, se forme le « Pôle populaire », résurrection d’une vraie gauche déterminée à oeuvrer pour l’intérêt général : la sauvegarde du vivant, la justice sociale, la refondation des institutions démocratiques, l’égalité enfin, pensée en profondeur – féminisme et antiracisme assumé contre vents et marées. Et ce pôle populaire donne des signes de bonne santé : il a su conduire aux urnes des électeurs qui n’y avaient jamais mis les pieds, issus de l’immigration post-coloniale et des quartiers populaires, se sentant enfin concernés par un discours qui les reconnaissait dans leur dignité. Il a su remobiliser des gens de gauche qui pensaient avoir renoncé pour toujours à la politique institutionnelle, trop bourgeoise, trop élitiste, en leur offrant à travers le bulletin Mélenchon l’occasion de soutenir un véritable projet de rupture avec l’ordre néolibéral.
Et maintenant ? Maintenant ce n’est pas seulement l’heure de ce maudit second tour, rejouant en pire (en beaucoup plus risqué) le numéro dégueulasse de 2017, et que tout le système a travaillé à reconduire à l’identique (mais en pire, donc). Ce n’est pas seulement l’heure de cette tâche immonde qui incombe à ceux qui peuvent encore le faire – ceux qui n’ont pas perdu un oeil, une main ou des conditions d’existence à peu près décentes pendant le premier mandat de Macron – tâche immonde, donc, consistant à glisser dans l’urne un bulletin portant le nom de l’éborgneur, du fascisateur, afin de choisir un ennemi qu’on puisse encore combattre… Maintenant c’est aussi l’heure de la refondation de la gauche, à partir d’un nouveau centre de gravité : celui que l’Avenir en commun dessine, pour ce qui est de son vecteur programmatique. Celui que l’Union populaire esquisse, en termes de personnel politique et d’alliance avec les acteurs des mouvements sociaux et de la recherche, via le Parlement de l’UP.
Il y a une dynamique, un programme, des protagonistes ; reste à ancrer tout ça dans les territoires et dans la durée – il y faudra sans doute une structure partisane instituée, et non plus seulement un mouvement gazeux, un parti donc, capable de renouer avec les tâches historiques du « parti » : conscientiser les foules, servir le peuple, organiser le débat, au quotidien. Immense chantier, que vient déjà ponctuer l’échéance des législatives, où il importe plus que jamais de maintenir un haut niveau de mobilisation : que retournent aux urnes ceux qui y sont venus pour la première fois le 10 avril, que s’y expriment massivement les voix de ceux à qui « Ni Le Pen ni Macron » ne sont supportables, et pourra se constituer une vigoureuse opposition, capable de mettre des bâtons dans les roues à une présidence qu’il faut à tout prix empêcher de nuire.
Comment s’y prendre ? Comment transformer la dynamique du premier tour en l’édification d’une gauche durable et durablement de gauche ? C’est à quoi nous réfléchissons, avec Rémi Lefèbvre : auteur de Faut-il désespérer de la gauche ? (Textuel, 2022), il analyse en politiste les différentes composantes de ce qu’on appelle « la gauche », qu’il convient à la fois de redéfinir et de reconstruire – quitte à passer par un big bang auquel l’époque semble de toute façon nous amener inéluctablement. Puisse-t-il augurer d’une renaissance plutôt que de la fin des temps.
Judith Bernard.

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